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Mais d’abord et d'ordinaire, lorsque le pouvoir désirait se renseigner, il s’adressait aux simples intendants de province. Pour être exactement instruit, Colbert exigeait d'eux des relevés, des statistiques, il leur recommandait de se rendre compte chaque année des produits de la terre et des bestiaux (22 novembre 1669). «Examinez si les paysans se rétablissent un peu, leur écrivaitil, comment ils sont habillés, meublés, et s'ils se réjouissent davantage les jours de fête et des mariages qu'ils ne le faisaient ci-devant. Ces quatre points renferment toute la connaissance que l’on peut en prendre de quelque rétablissement dans un meilleur état » (r).
L'enquête était peut-être incomplète. Cependant l’intendant était en rapports constants avec les campagnes. À chaque instant, il rendait des ordonnances intéressant les cultivateurs, leur accordant des indemnités en cas de fléaux, portant interdiction de saisir le bétail, réglementant la vente, l'entrée, la sortie des blés (2). Aussi «les paysans lui confiaient volontiers leurs difficultés et leurs besoins ; on réclamait de lui souvent des mesures d'intérêt général; il était le défenseur naturel des inté-
rêts agricoles.
l'institution des intendants de commerce reçut une plus forte organisation. Amelot fut chargé du commerce ; en dépendaient toutes les questions relatives aux grains, aux subsistances et à l’agriculture.
1. Lettre à Voisin de la Noyrais, 21 novembre 1650. Académie des sciences môrales et pohitiques, t. XXXIX, p. 77.
2. L'administration publique en Languedoc, avant 1789, par Astre. Recueil de l’Académie de législation de Toulouse, tome 23,
page 214.
Deuxième moitié du XVIIIe siècle
Au xvr® siècle et pendant une partie du xvrrre, tandis qu'on organise le commerce et qu'on se préoccupe de l’industrie, l’agriculture reste donc presque délaissée. Nous la trouvons à Paris perdue dans les services complexes du contrôle général au milieu desquels elle disparaît ; et elle manque dans les provinces de toute organisation.
Dès la deuxième moitié du xvirr* siècle, sa situation va changer ; tandis qu’elle reçoit le baptème officiel et figure désormais parmi les services administratifs, des commissions sont formées et des sociétés se fondent pour défendre ses intérêts.
L'état des esprits s’était modifié profondément, l’agriculture méprisée jusque-là suscitait des engouements, elle était à la mode. « On s’aperçut alors qu’on pouvait raisonner sur les blés». La terre n'avait point souffert de la banqueroute du système de Law, elle n’en était pas discréditée, tandis qu'était ruinée la théorie qui voulait faire du numéraire la richesse par excellence. <
Au contraire des économistes précédents, les physiocrates allaient prétendre, outrant ainsi leur théorie, que la terre était la seule richesse, que seule elle avait une valeur productive et que le commerce et l’industrie bornaientleurrôle à mettre en œuvre les richesses qu'elle leur
avait fournies. L'idylle fleurissait, on chantait des pas-
torales, la poésie, la prose célébraient la vie des champs et les graves philosophes dissertaient sur la Nature : (r)
Choiseul est agricole et Voltaire est fermier.
Les paysans devaient bénéficier de cette passion, dont toute la société s'était éprise pour la campagne. De Tocqueville prétend, il est vrai, démontrer dans un de ses chapitres que, « malgré les progrès de la civilisaüon, la condition du.paysan français était quelquefois pire au xvirr siècle, qu'elle ne l'avait été au xvrr°, » (2) mais lui-même restreint la portée de ses observations, en refusant de généraliser les conséquences qu’il en tire.
Sans doute, et dans la première partie du siècle surtout, des gentilshommes purent se montrer durs dans la réclamation de leurs droits féodaux ; certains, ne se sentant plus les chefs des paysans, purent subir la loi de leur position nouvelle qui les poussait à l'indifférence (3). Mais il est plus vrai de constater que « beaucoup de propriétaires riches se préoccupèrent alors du bien-être des campagnes », et que le pouvoir central « placé pourtant fort loin », témoigna maintes fois aux paysans, à partir de 1760, sa nouvelle sollicitude.
Peut-être les réformes furent longues, et lentes les me-
sures heureuses, mais si les vœux des laboureurs ne
1. Pigeonneau et de Foville. L'administration de l'agriculture de 1787 à 1789. Introduction.