‹ Étude Sur Les Divers Systèmes De La Représentation Distincte Des Intérêts AgricolesChapitre 16 sur 64 · APS · texte numérisé non relu

APS

Quelle eut été l'influence de ces conseils politiques sfr l'amélioration du sort de la classe agricole ? Il est permis de supposer qu'elle n’eût pas été considérable, si l’on eut dû se borner, comme le voulait Turgot, «à leur faire demander les réformes que le Roi aurait déjà projetées et à leur faire proposer le remplacement des impôts onéreux que le Roi aurait eu l'intention de changer ».

Pourtant, « en éclairant le pouvoir sur les besoins de chaque lieu », en renseignant les bureaux de Versailles, — qui, jusque-là, si l’on en croit Necker, «voulaient gouverner la France du Béarn à la Flandre et de Marseille à Strasbourg, sans savoir ce qui se passait en province »—., eussent-ils pâ provoquer certaines réformes utiles et réaliser certains désirs ignorés des classes agricoles. Les services rendus par les assemblées provinciales « simple anneau de la chaîne que Turgot avait conçue » le laissent du moins espérer,

D’autres, et depuis longtemps, avaient rêvé, souhaité, proposé, défendu quelque institution plus spécialement chargée de veiller au bien-être des campagnes et de parer à léurs besoins. Dès 1727, de Boulainvilliers (1) reprochait au gouvernement l'insuffisance notoire de son système d’information et proposait d'établir dans les paroisses des chambres ou des conseils qui seraient chargés de recueillir les renseignements statistiques, de donner des avis et de dresser tous les ans, fin octobre,

un tableau des récoltes.

1. Mémoires présentez à Mgr le duc d'Orléans, Régent de France par le Comte de Boulainvilliers. A la Haye et à Amster

dam, MDCCXX VIT

AO

* La crainte de la famine et le désir de prévenir les disettes inspiraient bien un peu les réformes qu’il proposait, mais il cherchait surtout dans une organisation nouvelle le moyen de venir en aide « au même peuple, dans lequel on trouve les laboureurs et les vignerons, et qui est plus utile à un Etat que les riches, puisque c’est lui qui fait tous les ouvrages pénibles ».

Il se préoccupait sans doute de faire mettre en réserve les blés du royaume, mais surtout il remarquait que « le conseil du commerce protégeait les commerçants auprès du Roi, mais qu'ilne fournissait pas d'argent aux fermiers et laboureurs pour leur donner moyen de mieux cultiver les terres et parvenir à d’abondantes récoltes ». Aussi c’est « à l’effet de proléger et soutenir l'agriculture » qu’il demande au prince « d’établir à Paris, par commission, six personnes avec le titre de conseiller d'Etat, grands trésoriers du commerce, cette direction générale pouvant faire statuts et règlements pour le bien et l’avantage de son commerce, d'établir en chaque ville et paroisse du Roiïaume, autre que celle de Paris, une chambre ou bourse commune et direction particulière tant des affaires de la communauté de chaque paroisse que de l’agriculture et commerce qui S'y font ».

Ces chambres qu'auraient composées un syndic perpétuel, un syndic élu par les habitants, un commissaire inspecteur de l’agriculture et un agent trésorier, auraient eu pour mission d'entretenir une correspondance régulière avec la direction de Paris, afin que celle-ci « eut

connaissance de l’état defabriquesetde l’agriculture pour

il =

pouvoir à point nommé y répandre de l’argent à ceux qui en auraient besoin ».

Boulainvilliers voulait surtout procurer aux campagnes une aide pécuniaire ; il projetait même d'organiser dans les paroisses des caisses de secours, constituées avec les prélèvements opérés sur les salaires, mais l’agriculture eut trouvé dans cette institution un autre appui ; la Direction générale, renseignée par les chambres locales sur les besoins des populations agricoles, confidente de leurs maux et de leurs désirs, ne se fut pas contentée de leur envoyer quelque argent, elle eut souvent sans doute usé de son pouvoir réglementaire pour présenter au roi certaines réformes réclamées par les campagnes, « en suppliant très humblement Sa Majesté de les confirmer ». On eut eu dès cette époque comme un premier essai de chambres agricoles et d’un conseil supérieur de l’agriculture (r).

En 1785, Mercier aura moins d’exigences, et après avoir déploré « que l'agriculture soit extrêmement négligée en France », il souhaitera seulement que, tous les ans, des lettres de noblesse soient distribuées aux

laboureurs et que soit instituée € une commission com-

1. Dons son désir « d’instruire le prince de tout ce qui est bon à faire dans l'Etat » Boulainvilliers demandait « d'inviter tout le monde à proposer des vues et des projets utiles avec promesse de récompensér tous ceux qui seraient Jugés tels. Quelques personnes sages, éclairées, fidèles pourraient être chargées de les examiner, d’en recueillir l’utile et de le présenter à S. A. R, en la forme qui conviendrait le mieux ».

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