‹ Étude sur les doctrines sociales du christianismeChapitre 5 sur 13 · L'ASCÉTISME · texte numérisé non relu

L'ASCÉTISME

Le césarisme est la cause de Tascétisme. — La résignation des stoïciens. — Le corps et l'esprit. — Origine identique de la débauche et de l'ascétisme. — Le désir de l'impossible. — L'ascétisme en Egypte. — Jacques, le frère de Jésus. — Haine à la chair! — La femme dans le christianisme. — L'abstinence. — La femme trompée. — Origène. — Saint-Antoine. — Les tentations. — Les acrobates de l'ascétisme. — Les démons. — L'ascétisme ramène à la débauche. — Le mépris de la femme.

Ces bases données, le christianisme a mis une sorte de volupté, de raffinement, d'achar-

nement dans son œuvre d'abaissement de rhomme. Il éprouve' une sorte de jouissance à le mâcher, le broyer à ne laisser qu'une masse informe, engrais propre à la culture de toutes les Superstitions et de toutes les bassesses.

Il est vrai que le christianisme peut invoquer une circonstance atténuante : le césarisme.

Si le césarisme n'avait pas existé, est-ce que la résignation des stoïciens aurait existé ? est-' ce qu'on aurait eu ce désintéressement de la vie publique, de toute action sous quelque forme qu'elle se produisît, que nous avons signalé.

La plupart des stoïciens méprisent le monde dans lequel ils vivent, sont obligés de se mépriser eux-mêmes, comme Sénèque. Pour échapper à ce mépris, on se spiritualise.

A Rome, dès le commencement de l'empire, le stoïcisme pythagoricien est enseigné, sinon pratiqué par Sextius Attale, Sotion, Sénèque, Julius Canus, Thraséas, Helvidius, Priscus, Musonius. Des jeunes gens renonçaient à la viande, au vin, devenaient de vrais ascètes.

Mépris du monde, des jouissances matérielles, et, comme conséquence, aspiration à a mort ; mais la mort n'était qu'un repos : ce qui leur manquait pour vaincre les révoltes de la nature

ainsi violentée et la tromper, c'était Tespoir par delà la tombe.

Platon, le véritable père du christianisme, avait déjà dit : a Le corps nous remplit d'amours, de désirs, de craintes, de mille chimères, de mille sottises... » En spiritualiste qu'il était, il avait oublié de se poser une toute petite question : — Si le corps des hommes n'existait pas , y aurait-il des hommes ?

Qu'importe ? dans cette sombre nuit, dans ces brouillards du césarisme où l'homme perd la notion de la réalité, la même question se posait. Sénèque, pour excuser son corps, établissait un dualisme entre lui et son esprit :

« Cette enveloppe mortelle empêche l'homme de s'élever jusqu'à la connaissance de ce qui est immortel... L'esprit écrasé, aveuglé, souillé se voit écarté du vrai et jeté dans l'erreur... Tous les combats qu'il livre à cette chair pesante sont une résistance au poids qui l'entraîne et l'abîme dans la matière !... etc., etc. »

La furia de la mort apparaît.

lies auditeurs d'Epictète, dans un de ses dialogues, lui disent : « Epictète, nous ne pouvons plus supporter les liens du corps : nous en sommes las... La mort n'est rien. Il y a une parenté naturelle entre nous et Dieu. »

Que répond Epictète ? Il ne conteste point et ne le pouvait pas : il conseille tout simplement la résignation : « Attendez les ordres de Dieu. »

Plutarque dit qu'il faut se réjouir aux funérailles de Thomme de bien, que la mort a délivré de la servitude du corps.

Yoilà où aboutissait chez les philosophes l'idéal d'un homme hors nature, toujours bon, au dessus de la souffrance, des tentations et des besoins du corps.

Il prouvait une chose : la profonde lassitude de l'époque, le profond découragement qui, sous le despotisme césarien, s'emparait de tous ceux qui lui étaient soumis. On ne savait plus vivre ; on n'avait plus d'espoir que dans la mort.

Le césarisme, négation de la nature, avait jeté rhumanité hors de la nature.

Deux choses nous le prouvent : la doctrine ascétique des philosophes, les débauches de tout le monde.

L'ascétisme et la débauche ont une origine identique : le désir de impossible, l'aspiration au delà des forces de l'homme, l'insatiabilité de sensations nouvelles. La débauche et Tascétisme sont des effets distincts d'une même affection : Thystérie.

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