‹ Étude sur les eaux minérales de BourgesChapitre 10 sur 16 · LS · texte numérisé non relu

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de Paris, d'établir un rapport sur les eaux. Ce rapport envoyé au Ministère le 12 septembre 1772 fut publié dans les Affiches de Bourges du 5 novembre 1783 sous le titre de « Eclaircissement sur les usages et les propriétés des eaux minérales de Bourges ».

Duperrin se basant sur les travaux de ses prédécesseurs et sur son observation personnelle affirme que « les eaux de Forges sont très analogues aux notres ».

Duperrin n’explique pas clairement la raison de cette demande au Ministère. Mais M. le docteur Leprince nous rapporte que « le roi Louis XV étant devenu gra- « veleux, ce qui n’avait rien d'étonnant, vu son genre « de vie, les Médecins cherchaient un remède pour calmer « les douleurs qu'ilressentait et ils songèrent à la Fontaine « Minérale de Bourges. Il est probable que si Louis XV « avait vécu il n’aurait pas manqué d’honorer notre « ville de sa présence; peut-être eut-elle rendu à la « santé le royal viveur qui lui demandait le soulagement « de ses maux et la prolongation de sa vie, et alors notre « humble Fontaine eut-elle acquis la vogue des eaux les « plus renommées. Mais Louis XV succombe le 10 mai « 1774, dans la 65e année de son âge, et notre Fontaine « fut privée de sa fastueuse visite ».

Déjà avant 1772, les habitants de Bourges avaient l'habitude de s’y rendre dans la belle saison. Le rapport de Duperrin lui donna sans peine une grande vogue.

« Comme ce qui réunit l’utile à l’agréable prospère « facilement, on vit cette Fontaine devenir plus que « jamais une source de santé et de plaisir. On s’y rendait « chaque matin de bonne heure ; les dames étaient de la

« partie et contribuaient à l’agréement de ces réunions. « Le local bien disposé présentait des allées garnies de « gros arbres taillés en berceau et sous leur ombrage « frais on se livrait à des exercices utiles à la santé. On « se promenait, on dansait, et il en résultait un bien réel € au moral et au physique. Pouvait-on par des moyens « plus doux combattre quelques légères indispositions, « où maintenir un état parfait de bien être ». C’est ainsi que s'exprime le Journal de Bourges du 12 juin 1816 en relatant des faits antérieurs à la Révolution de

Rapportant des faits de la même époque, le Journal du Cher, du 14 mai 1845 ajoute : « des bancs qui existent « encore invitaient les convalescents à se reposer à « l'ombre des arbres, l’attrait de la promenade presque « aussi vif que celui des eaux, faisait de ce lieu cham- « pêtre le rendez-vous de la meilleure société ; les anciens « du quartier nous ont plus d’une fois emerveillés par « le récit des fêtes qui s’y donnaient pour récréer d’élé- « gantes malades ; la musique y prêtait son charme et des « danses sous les tilleuls venaient, par l’ordonnance du « docteur, activer les effets de l’eau minérale. C’étaient « les beaux jours de la Fontaine de Fer, des guérisons « nombreuses étaient citées, la pâleur disparaissait des « visages pour faire place aux vives couleurs de la santé, « l’eau, la promenade, la danse, faisaient renaître l’appé- « tit, avec l’appétit la gaité ».

La Révolution de 1789 porta un coup funeste à notre Fontaine en dispersant la société qui formait le noyau de ses fêtes. Les intérêts politiques absorbèrent les esprits

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qui oublièrent le chemin de la Fontaine de Fer. Même en 1794 on supprima le portail.

Plus tard vinrent des hommes qui prenant l'effet pour la cause attribuèrent inconsidérément à l’absence de propriété de la source la défaveur qui l’avait frappée. « Même certains esprits forts, prétendaient que les « principes ferrugineux qu’on y avait découvert elle les « tenait d’une mince grille de fer qui par précaution « y avait été adaptée ».

Cet état d’esprit persista longtemps puisque Lebas, soutenant le 29 nivose an II de la République Française, une thèse de doctorat à l’Ecole de Médecine de Paris, sur l’Hygiène des gens de Bourges » s'exprime ainsi :

« Il n’existe point ici d'eaux vraiment minérales ; on « avait donné ce nom à celles d’une fontaine située dans « un faubourg de l'Est ; mais elles me paraissent n'être « rien moins que cela puisqu'elles ne contiennent qu’un « très léger oxyde de fer dont les parties sont simplement « dans un état de suspension et d’interposition qui long- « temps les fit regarder comme minérales par quelques « médecins de cette commune ».

Après cette période révolutionnaire, en 1810, la Municipalité essaya de réhabiliter la Fontaine de nouveaux arbres furent plantés, les charmilles relevées et entretenues.

M. le Marquis de Villeneuve, Préfet du Cher, essaya de restaurer les fêtes d’avant la Révolution. Mais avant tout il fallait rendre à l’eau la célébrité que plus de trente années d’abandon lui avait fait perdre. Dans cette intention il écrivit le 24 mai 1816, à M. Bonnault d'Houet

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maire pour l’inviter à mettre le local à la disposition de M. Berthollet, médecin à Bourges, pour qu'il s’assura de la qualité de l’eau. Le Docteur Berthollet, dans son rapport à la Société d'Agriculture de Bourges, l’a reconnue ferrugineuse et digne d'intérêt. La Fontaine n’en fut pas plus fréquentée.

Mais en 1819, M. le Vicomte de Fussy qui avait succédé à M. d'Houet fit faire des travaux de réfection : la Fontaire fut nettoyée, l’eau y coula avec plus de facilité, la grille qui était au fond et qui avait prêté à erreur fut enlevée. On construisit un hangar dans l’enclos pour abriter les buveurs. On fit façonner les charmilles et pratiquer des lieux d’aisance à l’extrémité des allées, les réparations ont coûté 623 fr. 05. On fit de la publicité dans les journeaux et en juillet 1819 les fêtes reprirent. En effet dans le Journal du Cher du 14 juillet 1819 on peut lire : « Il y a eu le 4 de ce mois une réunion nom- « breuse à la Fontaine de Fer, sous l’ombrage des arbres « qui en embellissent le local ; on y a rappelé les plaisirs « qui naguère y attiraient un grand concours de monde « et donnaient aux buveurs de ses eaux l’avantage de « les rendre gaiement salutaires. Cette première réunion « où les violons se sont fait entendre, était elle une fête « d'ouverture de cette fontaire ? Voilà ce que nous « serions disposés à croire, par les soins de l’adminis- « tration de la ville à réparer un local qui à souffert du « temps de son injuste abandon ».

Malgré ce beau début la Fontaine fut, encore une fois délaissée et la promenade ne fut plus fréquentee. Si bien que dès 1828 on parla d’en transformer une partie en

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pépinière municipale et de vendre les 64 tilleuls plantés en 1759.

Le 20 mai 1843 tout l’enclos est affermé au Sieur Cautrelle pour 9 ans moyennant 165 francs par an; avec bail résiliable au bout de la 32 et de la 5° année, le bail fut résilié en 1845 sans doute à la suite d’un article du Journal du Cher, en date du 14 juin 1845, signé des Docteurs Prudhomme et Lavaud. Ces auteurs firent des analyses et nous en donnent les résultats en les comparant à celles des principales sources en vogue à cette époque.

L'année suivante, en 1846, le Docteur Ripart et M. Soupiron, pharmacien firent un mémoire sur la Fontaine et l’envoyèrent à l’Académie Royale de Médecine. M. Henry Ossian en fut le rapporteur et à la séance du 29 septembre 1846, il s'exprime en ces termes :

« La ville de Bourges possède de temps immémorial « une source minérale ferrugineuse désignée sous le nom « de Fontaine de Fer, et ses propriétés médicales ont « été reconnues par tous les praticiens.

« Cette eau, longtemps préconisée, tomba dans l’oubli « pendant un temps fort long; mais depuis un an elle « vient d’être de nouveau l’objet de l’attention des « médecins et du public. Sur la demande du Conseil « Municipal de la ville, et pour décider s’il y a oppor- « tunité à faire des réparations à la source, M. le Docteur « Ripart et M. Soupiron, pharmacien à Bourges, ont « entrepris, au sujet de cette eau minérale ; une nouvelle « analyse sur laquelle ils ont demandé l'opinion de « l’Académie Royale de Médecine.

« Le mémoire de ces chimistes a été en conséquence envoyé à la commission des eaux minérales et c’est en Son nom que j'ai l'honneur de vous exposer l’opinion que nous croyons devoir porter sur ce travail.

« D’après l’analyse de MM. Ripart et Soupiron, l’eau ferrugineuse de Bourges présente beaucoup d’analogie avec celle de Forges, du département de la Seine inférieure, le fer qui la minéralise y est, comme dans celle-ci, principalement à l’état de crénate ou d’apocrénate, c’est-à-dire combiné à la matière organique qui constitue ces acides. La proportion de fer est cependant inférieure à celle contenue dans les sources Cardinale et Royale de Forges, mais supérieure à la quantité existant dans la source dite Reinette.

« Nous avons examiné avec attention les procédés décrits par MM. Ripart et Soupiron, ils sont conformes à ceux qu'on prescrit pour les recherches de ce genre, et nous pensons qu'ils ont du conduire aux résultats enoncés dans leur travail, toutefois comme il nous a été impossible de les contrôler, nous ne saurions engager l’Académie à leur donner une sanction définitive ; nous dirons seulement qu’on peut considérer comme très probable la composition assignée à l’eau de Bourges par MM. Ripart et Soupiron ».

Ce rapport a été adopté sans discussion.

À la suite de ce mémoire, M. Planchat, maire de Bour-

ges, ne fit pas faire de contre expertise par l'Académie

Royale de Médecine et l’exploitation de la Fontaine ne

put être autorisée. Cependant, des réparations impor-

tantes furent faites : le bassin fut refait, le hangar réparé des bancs furent posés, le mur de clôture fut reconstruit, les lieux d’aisances furent réparés, les allés furent rectifiées et sablées à neuf.

Le maire Planchat s'intéressant particulièrement à notre Fontaine fit paraître à la date du 13 mai 1851 un article dans le Journal du Cher où il s'exprime en ces termes :

«Au commencement du xix® siècle la Fontaine était « encore en honneur et un grand nombre d’habitants de « la ville se rappellent d’avoir vu une bonne partie de la « population sur les prescriptions du Docteur Carre, s’y « rendre soir et matin de la belle saison avec l’espérance « d’y retrouver la santé tout en prenant un salutaire « exercice ». Puis il analyse les travaux de Berthollet, Ripart et Soupiron et le rapport à l’Académie de Médecine. Il explique pourquoi l’exploitation n’a pu être autorisé dans les formes prescrites par l’ordonnance Royale du 18 juin 1823 et annonce que « de nouvelles observations scientifiques seront incessamment provoquées ».

Répondant à l’appel de son Maire unegrande quantité de malades commença à reprendre le chemin de la Fontaine.

Le 4 juillet 1851 est promulgué un :

« Règlement pour le service de la Fontaine de Fer de Bourges ».

«Art. 1er, — Toute personne peut visiter ou fréquenter « la Fontaine de fer, boire deseseaux et se promener sous

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les charmilles, sans que le gardien puisse lui demander aucun salaire.

« Cependant il n’est pas défendu à celui-ci d'accepter une légère rétribution qui lui serait offerte volontairement.

« Art. 2. — Il est absolument défendu à toutes les personnes :

« De laver du linge à la rivière attenante aux promenades de la Fontaine et de l’étendre sur des cordes ou autrement pour le faire sécher.

« De faire paître aucun bétail dans les charmilles. « D’y placer des voitures, d’y établir des buvettes, « De proférer aucune parole contraire aux mœurs.

« De fumer dans l’enclos du bassin où se trouve la Fontaine.

« D’y conduire des chiens, de les y faire baigner ou

boire.

« Art. 3. — Les mendiants, les personnes ivres, les enfants non accompagnés seront éconduits.

« Art. 4. — Le commissaire de Police est chargé de

l'exécution du présent Fait en Mairie, à Bourges le 4 juillet 1851.

« Le Maire : Planchat ».

Ce règlement publié dans les journaux était suivi

d’ «un avis aux malades » dans lequel on peut lire les principales propriétés de la Fontaine et la liste des maladies ou les eaux sont efficaces.

, . Û , Ce règlement eut pour conséquence la nomination d’un

gardien chargé d’en surveiller l’application.

L'année suivante M. Rüipart, docteur en Médecine, secrétaire du Conseil d'hygiène publique et de salubrité, publia son rapport de 1846 sous forme d’une notice énumérant la longue liste des maladies auxquelles l’usage de l’eau de la Fontaine de Fer pouvait apporter quelques remèdes, cette notice était en vente chez le gardien.

Le 9 juillet 1864 le Conseil Municipal rejetait une demande formulée par la Supérieure générale des Sœurs de la Charité demandant « la permission d’ouvrir une « petite communication entre le terrain que possède la « communauté rue du Pré et l’emplacement contigu « appartenant à la Ville et sur lequel est située la Fon- « taine de Fer ».

Cette demande est motivée « par le besoin que nous « aurions d'envoyer chaque matin nos jeunes sœurs et « nos novices souffrantes boire à la source ferrugineuse… « la saison étant des plus convenable pour l’usage de « cette eau à laquelle la science attribue une grande « efficacité ».

Mais la Fontaine fut de nouveau presque complètement délaissée puisque le 16 janvier 1870 le Conseil Municipal accepte une demande de M. Nebout tendant à y installer une corderie. Mais le projet n’eut pas de suite.

Le 1er juin 1873 Cautin Jean est nommé concierge gardien aux appointements de 50 francs par an avec obligation de surveiller et entretenir les locaux.

Dans sa séance du 6 mars 1890 le Conseil Municipal sur la proposition de M Paultre décide le renvoi à une

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