‹ Etude sur les Eaux Minérales de CapverneChapitre 8 sur 18 · ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE DES EAUX DE CAPVERN · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE DES EAUX DE CAPVERN

Voyons d’abord quels sont les eflets produits au début par les eaux de la Hount-Caoute.

Dès les premiers jours du traitement, ces eaux, prises soit en boisson, soit en bains, provoquent une excitation de la circulation, se traduisant soit par des palpitations de cœur, ou bien le malade éprouve des vertiges, des tintements d’oreille, et même une certaine lourdeur de tête. A cette première période d’excitation, d’ailleurs de peu de durée, succède un calme complet. Pendant la nuit, comme l’a fait remarquer le D' Ticier dans son ouvrage sur Capvern, auquel j’emprunte ces détails, après plusieurs jours de traitement, l’on est sujet à de l’insomnie; d’autres fois apparaît du côté de Ja peau une légère éruption occasionnant des démangeaisons.

Puis insensiblement tous ces phénomènes de début disparaissent pour faire place à un bien-être sensible. Le malade se sent plus d'entrain, son sang coule plus facilement, la nutrition se fait mieux, l'innervation est plus régulière, le sommeil a reparu et est devenu réparateur.

Quoique l’eau de la Hount-Caoute soit facilement digestible, il arrive parfois que quelques malades voulant accomplir quelques prouesses de buvette, voient leurs hauts faits récompensés par une indi-

gestion d’eau minérale, indigestion susceptible d’aggraver l'affection dont on poursuit la guérison. Ces malades, qui sont arrivés graduellement à absorber Jusqu'à quarante verres d’eau par jour, sentent alors leur estomac fatigué et éprouvent un dégoût insurmontable pour une boisson qu’ils prenaient avec plaisir au début du traitement, et les imprudents se voient obligés de tinir par où ils auraient dû commencer, c’est-à-dire prendre con seil d’un médecin.

Rien de cela ne se présente chez les malades qui suivent scrupuleusement les ordonnances qu’on leur a dictées. L’appétit est excité et les fonctions de l'estomac augmentées : la bile, activée dans sa sécrétion, est devenue plus fluide; parfois après huit à dix jours detraitement. Quelquefois plus tôt, d'autres fois plus tard, se déclarent des selles diarrhéiques composées de matières bilieuses.

Cette diarrhée, jugée favorable par les médecins de Capvern, coïncide ordinairement avec les phénomènes d’excitation de début et constitue avec ces divers symptômes ce qu’on nomme la févre thermale. Cette diarrhée persiste plus longtemps que ces phénomènes. L’on ne doit rien faire pour l'arrêter, bien plus, quand elle tarde à se produire, on la provoque en ajoutant quelques grammes de sulfafe de magnésie à l'eau minérale pendant quelques malins.

La diurèse est un des effets les plus marqués et les plus constants des eaux de la Hount-Caoute.

ie

Nulle autre eau n’est plus diurétique que celle-ci. Il suffit de boire trois à quatre verres d’eau dans la matinée pour voir cette action diurétique se produire, et en quantité si grande qu’elle peut fatiguer le malade.

Le bain seul sans boisson est aussi diurétique. Mais ici la diurèse ne se déclare pas avec la même fréquence et la même facilité.

Après deux à trois jours de traitement, soit sous l'influence des bains, soit que les malades boivent à la buvette, leurs urines deviennent limpides et, lorsque la diurèse est parfaitement établie, aussi claires que l’eau qu’ils vienhent de boire.

Cette action des eaux de la Hount-Caoute se produit non seulement sur les reins, mais encore sur tout le système abdominal. Le foie, l'utérus, les vaisseaux hémorrhoïdaux n’échappent pas à cette action spéciale. Chez certains sujets cette eau produit une excitation si vive de ce système, que l’on est forcé d’en suspendre l'usage.

En un mot, il est peu d’affections des organes génito-urinaires ou de la digestion qui ne soient favorablement modifiées par l’eau de la Hount- Caoute.

Et pour certains médecins ayant fait une étude approfondie et suivie de cette source, comme le D' Sancery le constate, « le contact d’une eau char- « gée de sels minéraux et de métaux, s’exerçant sur « une aussi large surface que la peau, agit évidem- « ment puissamment sur les ramifications ner-

EU Ra —

« veuses et vasculaires innombrables qu'elle ren- « ferme, et proiuit une dérivation douce et pro- « longée qui tonifie à la longue tout le tégument «< externe resté depuis trop longtemps dans l’atonie « et ne remplissant pas son mode physiologique « normal. »

N'est-ce pas le même phénomème qui se passe sur les muqueuses stomacale et rénale, et à quel métal doit-on l’attribuer? Est-ce au sulfate de chaux, au carbonate de chaux, à l’arsenic, au fer ou au cobalt ? Je l'ignore ; mais le seul fait vraiment remarquable que je puis affirmer et qu'il n’a éte permis de constater, c’est la rapidité des effets produits dans la lithiase rénale, en fort peu de temps, le plus souvent dès le surlendemain du premier jour de traitement ; après deux à trois verres d’eau, certains malades rendent une quantité de sables de toute nuance, si considérable que l’ou peut les enlever du fond du vase avec une cuiller. Ce même phénomène d'expulsion se produit, mais ici en quantité fort minime, chez des personnes ne paraissant attrintes d'aucune affection et jouissant d’une santé excellente.

Il est certain que dans ces cas les fibres lisses des reins, les bassinets, les fibres contractiles des uretères, en un mot tout l'appareil urinaire est excité à un point tel que parfois, dans certaines formes de catarrhe vésical douloureux, lon se voit obligé de suspendre l’usage de l'eau en boisson à

cause de sa stimulation trop vive.

Fabre, J

ER Es SOURCE DU BOURIDÉ.

Les eaux du Bouridé, quoique ayant à peu de chose près la même composition que celles de la Hount-Caoute n’en diffèrent cependant pas considérablement quant aux effels produits.

« Moins d’un millième, dit Guyton de Morveaux, « de substance ajoutée ou soustraite dans une com « position, y produit des changements de propriétés « notables. »

Si l’eau de la Hount-Caoute est tonique et excellente, celle du Bouridé est hyposthénisante. Comme elle est moins agréable que la première, elle est surtout employée en bains dont l’effet sédatif est remarquable. La présence dans cette eau d’une espèce de gélatine ou mucus végétal lui donne une sorte d’onctuosité recherchée par les baïgneurs. Pour certains médecins, la présence dans cette eau de cette gélatine végétale aurait pour effet d’affaiblir sur la peau du baigneur l’action minéralisatrice des sels ou des métaux en formant comme une sorte d'enduit protecteur. Les qualités sédatives de l’eau du Bouridé amoindrissent la force vitale, font baisser le pouls de dix à douze pulsations: l'on éprouve dans ces bains un bien-être indéfinissable.

Pour moi, qui en ai usé plusieurs fois pendant mon séjour et qui prenais mon bain toujours après une promenade de plusieurs heures, je sentais

chaque fois mes nerfs se détendre et la fatigue disparaître. À la sortie du bain, les articulations avaient regagné leur souplesse, mon corps plus agile‘m'aurait permis d'entreprendre une nouvelle course, dût-elle être plus longue et plus fatigante que la première.

Les eaux du Bouridé ne provoquent pas du côté de la peau ces éruptions herpétiques légères produites par l’absorption excitante de l’eau de la Hount-Caoute.

Les propriétés de cette source sont donc diamé.tralement opposées à celle du grand établissement, « Les unes calment, les autres excitent. Admirable « prévoyance de la nature qui a placé au fond de « deux gorges voisines l’excitation à côté de la « sédation, pour qu’elles se prêtent un mutuel se- «cours dans le traitement des maladies, On entre- « voit de suite tout le bien que l’homme de l’art « peut retirer de pareilles ressources, séparément « ou alternativement mises eu jeu selon les indica- « tions, et réunies, pour ainsi dire, dans une même « localité. » (Ticier.)

L'action des eaux de la source du Bouridé ne s'étend pas sur un nombre de maladies aussi considérable que celles que l’on traite à la Hount- Uaoute.

Cependant, d’après le docteur Taillade, les eaux du Bouridé sont très utiles dans le traitement des névroses chroniques essentielles, soit des organes de la vie de relation, soit dans celles de la vie géné-

rale,ou de nutrition; seulement, dans ces deux cas, le choix des moyens pharmaceutiques concomitants devra être différent. Elles conviennent dans la mobilité nerveuse excessive,dans les vapeurs, les spasmes essentiel, en un mot, dont le foyer ou l’aura se trouve dans le système reproducteur, comme l’hystérie, et ses accidents protéiformes, hoquets qui en précèdent l'attaque, aphonie hystérique ; elles conviennent encore dans ceux dont l'aura est thoracique, palpitations de cœur, toux convulsive, asthme nerveux; elles conviennent enfin dans les névroses essentielles dont l'aura part de l'épigastre, nausées, vomissement nerveux, cardialg'ies, digestions difficiles, éructations inodores, etc.

De temps immmécrial l’on a remarqué les bons effets des eaux du Bouridé dans la chorée, dans le tic douloureux, dans les névralgies articulaires et autres, dans le rhumatisme qui participe principalement du caractère nerveux ; enfin dans toutes les maladies dont le fond consiste dans une exaltation vicieuse de la sensibilité et de la contractilité ; d’où il résulte que ces eaux sont anti-spasmodiques, calmantes, sédatives ; en un mot qu’elle sont déprimantes de la force vitale ou osthénisantes. D'où en les prescrivant, conclut Taillade, il faut s’assurer que le mal n’est pas lié à la faiblesse; car, dans ce cas, en ajoutant à la cause, elles seraient nui-

sibles.

Page 1