Heures des cours
La corporation a introduit dans les heures des cours une innovation hardie qui lui fait le plus grand honneur ; les élèves consa-
crent aux études une matinée (de 8 heures à midi) par semaine, et cela pendant toute la durée de l'apprentissage ; chaque jour, 30 à 40 apprentis quittent leurs ateliers à 8 heures du matin, et par ce roulement 200 apprentis passent hebdomadairement 4 heures à l'école. Pour que l'éducation technique ne soit pas retardée par ces études, l'apprenti s'engage à prolonger son apprentissage de trois mois; les plus doués sont cependant proclamés régulièrement « compagnons » à l'expiration du délai normal. En assignant une matinée aux études, la Corporation a choisi la période la plus avantageuse au travail intellectuel. Bien que ce système trouble la marche régulière des travaux à l'atelier et qu'il offre beaucoup d'inconvénients pour le patron, il se maintient et donne d'excellents résultats. L'apprenti va à l'école dispos et apte au travail intellectuel; en cette matinée, il apprend autant, de l'avis des professeurs, que le soir pendant toute la semaine. Nous n'avons trouvé la matinée d'études qu'à Magdebourg et à l'école de Blenheim en Bohême. Il serait hautement désirable que les obstacles qui s'opposent à la généralisation du système pussent être levés partout.
L'apprenti adolescent qui fréquente l'école du soir est plus occupé que l'ouvrier lui-même ! Il est, comme lui, régulièrement à la besogne de 6 heures du matin à 6 ou 7 heures du soir. Pour peu qu'il soit éloigné de son atelier, il lui est impossible d'être à temps aux cours, à moins qu'il ne soupe d'un morceau de pain à l'école même, comme nous en avons vu de touchants exemples. Fatigué par un travail de toute une journée, d'autant plus fatigué qu'il y est moins habitué, il ne saurait prêter qu'une attention distraite aux explications du professeur, et sa main alourdie par le travail ne saurait faire un tracé sûr. Comment pourrait-il avoir l'intelligence assez en éveil pour appliquer toutes sesfacultés à l'étude? Dans ces fâcheuses conditions, l'effet utile des leçons se perd partiellement et le développement des aptitudes n'est pas en proportion des efforts ni des sacrifices que fait l'apprenti pour son éducation professionnelle.
Dans nos écoles primaires et moyennes, les leçons de gymnastiques succèdent aux travaux intellectuels. Après les exercices corporels, on donne une leçon qui exige moins de tension d'esprit. Ce principe pédagogique est constamment violé dans les écoles professionnelles du soir.
L'innovation de l'école de Magdebourg est donc heureuse ; elle
démontre que la personne de Tapprenti est entourée de respect et de sollicitude et que les patrons ne reculent pas devant de réels sacrifices, lorsqu'il s'agit de contribuer à l'avenir de l'ouvrier.