‹ Étude sur les écoles techniques de l'industrie du bâtiment et de l'industrie du bois en AllemagneChapitre 41 sur 61 · Le programme · texte numérisé non relu

Le programme

Les matières qui font l'objet du programme sont réparties sur quatre années d'études.

La première année comporte le meuble considéré dans son ensemble — les éléments en relation avec le dessin professionnel des projections, avec le dessin à main levée et le tracé des ombres; — les solides géométriques, les assemblages, les détails simples, les coupes.

Deuxième année : alphabet des formes constructives, — assem-

blages, moulures, profils, colonneltcs, enlablciucnls, consoles, pieds ; — en somme, le meuble dépouillé des ornements, qui en masqueraient la construction.

Troisième année : formes décoratives — Tornement, les profils, les éléments ornementaux ; — le meuble complet.

Quatrième année : la perspective appliquée; le lavis — l'interprétation de rornemcnl en nature. — Projets.

Étude du meuble dans son ensemble

Première année d*études, — Les études sont basées sur les principes de la construction rationnelle : chaque objet a un rôle déterminé à remplir : les dimensions, la forme et la construction sont adaptées à ce but, telle est la thèse. Pour faire saisir la liaison entre la fonction et la forme, le professeur examine et discute avec les élèves les meubles usuels dont ils ont déjà acquis une connaissance superficielle à l'atelier : la chaise, la table, l'armoire, le lit, le châssis, la porte, l'escalier, etc.

Chaque meuble se compose de détails qui ont chacun leur rôle particulier et une forme adéquate à ce rôle; de la collaboration de toutes les parties naît la fonction du meuble total imposée par sa destination.

Ce principe est étudié et développé sur les meubles ci-dessus énumérés. Ainsi, en ce qui concerne la chaise, on étudie les pieds, le siège, le dossier et, d'une manière générale, les éléments de la chaise, les conditions de sa construction, sa solidité, la nature du bois, les assemblages (pieds, siège, dossier), la stabilité, la disposition des pieds, le confort résultant des dimensions du siège, de la disposition et de la forme du dossier, l'aspect esthétique, l'unité et la variété dans la forme, etc. La première étape des études est l'analyse des ensembles. Des exercices de dessin accompagnent ces leçons; le professeur dessine au tableau noir l'objet des études et cela sous une forme schématique, avec l'élévation de front et de profil. On remarqueque l'élève prend un très vif intérétàces leçons, parc^ qu'elles lui révèlent la raison d'être de ses travaux; ce n'est que lorsqu'il a une notion exacte de la forme adaptée à la destination qu'il s'applique à la reproduction des meubles, d'abord au tableau noir et ensuite à main levée sur le papier. De plus, les études à l'école marchent d'accord avec le travail pratique à l'atelier et produisent ainsi le maximum d'effet sur l'éducation des

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apprentis; avec rintelligence dans le travail, s'accroît l'aptitude au dessin. L'action réciproque de l'atelier et de l'école avance l'apprentissage.

Avec l'étude des dimensions normales, l'école attaque de front les difticultés du métier. Avant de pouvoir songer à faire un dessin personnel, l'élève doit connaître les mesures normales des meubles usuels; s'il ignore, par exemple, la hauteur des marches, les dimensions de la main-courante d'un escalier, il ne saurait faire un dessin exécutable. Cette partie des connaissances professionnelles est encore très négligée ; pour peu que l'objet sorte de l'ordinaire, les gens de métier sont obligés de chercher les dimensions dans les livres. La connaissance des dimensions facilite la composition et évite des hésitations et des tâtonnements pénibles.

Par le lever répété sur des meubles de diftërentes espèces, l'échelle humaine prise comme base, l'école s'eftbrce de donner aux élèves le sens de l'échelle; car, point ne suffit de faire connaître le principe, il est nécessaire de faire l'éducation de ce sens spécial par des observations, des mensurations et des tracés.

Les éléments du meuble.

Chaque élément du meuble a une fonction à remplir ; la résultante de ces fonctions constitue la fonction totale.

Après l'étude de l'ensemble vient donc, en ordre d'analyse, l'étude des détails. Ces détails offrent, au point de vue du métier, la partie essentielle des études. Un défaut dans la forme ou dans la liaison des parties se traduit par un défaut dans le meuble complet, qui ne répond plus dès lors à sa destination. Ces considérations d'ordre professionnel expliquent le soin méticuleux avec lequel les professeurs étudient les éléments constitutifs du meuble et font rechercher par les élèves la justification de la forme des détails.

Un exemple fera ressortir la méthode :

Les pieds de table ayant pour rôle de supporter, leur forme doit traduire cette fonction; le renflement à mi-hauteur donne cette impression de résistance qui rassure le spectateur; la partie supérieure élargie, tout en formant la transition entre les pieds et la table, se prête à recevoir la charge; la partie inférieure, plus eftilée, donne au pied une nervosité particulière et ajoute à l'impression de stabilité.

Ainsi, un à un, tous les détails des meubles usuels sont étudiés et discutés, la thèse étant pour chaque leçon la justification de la forme comme expression de la fonction.

Des exemples bien choisis corroborent ces observations et servent de matière à des répétitions et à des explications supplémentaires. C'est dans cette vaste science de îa construction du meuble que l'école puise ses matières d'enseignement; l'élève doit connaître les principes de construction avant de pouvoir faire avec intelligence le dessin d'un objet du métier.

Nous avons examiné attentivement les travaux; ils présentent une variété qui embrasse tous les genres de meubles usuels : des sièges, des tables, des portes, des châssis, des armoires, des escaliers, dessinés à main levée en élévation de face et de profil, simplifiés par une fiction pédagogique, pour montrer les parties constituantes et leurs dimensions proportionnelles.

Afin de donner au dessin un certain relief, le professeur a soin de faire appliquer, d'après des règles simples, des traits de force, sans cependant développer le tracé des ombres, science qui est un complément plus nécessaire aux patrons-dessinateurs qu'aux apprentis.

La construction du meuble.

Deuxième année d*études, — Le cours préliminaire de la première année, qui se rattache à l'étude des ensembles, approfondit graduellement le sujet et aboutit ainsi à la construction du meuble.

Viennent en tête : les assemblages. L'étude des assemblages de la menuiserie et de l'ébénisterie, de leur fonction, de leur résistance, de leur construction est une des principales parties du cours. Conformément à la méthode générale en vogue à l'école, les assemblages forment l'objet d'un examen et de discussions en commun; de ces études se dégagent le rule des assemblages et les règles suivant lesquelles ils doivent être combinés pour remplir leur fonction.

Ces assemblages sont dessinés en projections et en perspective parallèle, sciences qui marchent de pair avec le dessin et avec les études professionnelles.

Poussant plus loin l'analyse, le cours aborde l'étude des éléments constitutifs du meuble et leur assemblage : les montants, les traverses, les panneaux, les soubassements, les entablements, etc. ;

il fait connaître leur rôle dans l'ensemble, rôle qui consiste à supporter, à ceindre, à couronner, etc.

Les différents éléments sont repris et étudiés dans leurs combinaisons pour former la membrure du meuble : deux montants de rive et deux ou trois traverses forment un encadrement de porte ; les panneaux la complètent, et par une synthèse bien graduée on reconstitue des meubles types de différents genres.

Pour chaque groupe d'éléments, la porte, l'entablement, le bâtis, etc., les coupes horizontales, verticales, sont examinées et tracées, et bientôt l'étude du meuble est complète; elle se traduit en un dessin : élévation de face et de profil et en plan, avec les coupes horizontales et transversales nécessaires à l'exécution et avec l'indication des cotes, d'après les dimensions normales étudiées avec soin dans la première partie du cours.

Ici s'arrêtent les études purement constructives et le but suivant est atteint : l'élève comprend les formes d'ensemble et s'explique comment la forme se plie à l'usage; il est en état de faire un tracé simple d'un meuble schématisé, il sait déterminer les dimensions des meubles usuels, dimensions exigées par la destination, et possède une connaissance générale de la fonction, de la forme et des dimensions des détails. Telles sont les bases de l'éducation professionnelle des apprentis.

Les 3I0ULUI1ES et profils.

Troisième année (Tétudes. — Les besoins actuels de l'industrie du bois, et notamment de la menuiserie, exigent des ouvriers plus qu'une éducation purement technique: quelque simple que soit le meuble, il doit répondre à certaines conditions esthétiques; il doit présenter de l'unité et de la variété; le goût lui imprime une certaine élégance; des règles sévères imposent aux moulures, inséparables de tout objet de menuiserie, des formes dont le menuisier-ébéniste doit sentir l'opportunité; la division des surfaces doit se faire d'après les règles de l'art, fixes dans leurs principes, mais variées dans leurs applications. C'est pourquoi il faut que l'éducation technique soit complétée par une éducation esthétique intimement reliée à la profession. Comme la décoration du meuble doit être rigoureusement dominée par la fonction et par la matière, rien ne hâte plus l'éducation du menuisier que l'étude des formes appliquées aux objets de sa profession. Il serait évidem-

ment désirable qu'avant d*entamer cette étude, tout travailleur pût acquérir à l'école une éducation générale artistique; mais nous avons montré, page 76 de notre ouvrage cité, les inconvénients et les dangers de pareil système : en s'évertuant à enseigner la partie artistique d'une industrie ou d'un métier à des élèves qui ignorent les principes techniques de ce métier, on leur fait perdre un temps précieux; et cette éducation générale a pour effet de les éloigner du travail manuel.

Nous avons vu avec intérêt ce principe appliqué dans toutes les écoles ouvrières allemandes, et notamment à Magdebourg.

L'éducation esthétique émane de l'enseignement technique; c'est par cette méthode que l'apprenti peut acquérir une habileté et un goût parfaits dans son métier.

Le dessin à main libre suit les études de construction dans l'analyse et dans la synthèse qui caractérisent la marche de l'enseignement; il est encore le seul dessin pratiqué pour l'étude du meuble, dans ses formes pittoresques, notamment dans le tracé des moulures.

Vétude des moulures constitue la partie la plus délicate de l'enseignement; ce sont elles qui donnent au meuble son cachet propre, son style, car dans leur tracé opportun et artistique le menuisier révèle son sentiment personnel. Eveiller le goût chez les travailleurs du bois, leur donner une idée exacte de la signification de la moulure, qu'elle soit l'expression caractéristique d'une fonction déterminée, ou qu'elle serve à accentuer certains détails du meuble, leur donner l'aptitude pour la tracer suivant leur goût personnel, tel est le but de cette partie spéciale très intéressante des études.

Les mots constituent la forme extérieure des idées ; les moulures sont l'expression extérieure d'une fonction dans les travaux du bois et de la pierre : telle est la thèse.

L'aspect de la question est double : la fonction et la forme qui la traduit. Conformément aux méthodes de l'école, le professeur examine les différents types de moulures à ce double point de vue, pour en conclure la manière dont elles doivent être tracées afin d'être l'expression fidèle de fonctions déterminées.

Les moulures, tel est le principe de la méthode, peuvent être dérivées du cercle : si l'on charge un cercle, il se silhouette en une ovale (boudin) ; si la pression augmente, il s'aplatit jusqu'à la ligne droite (filet). Ainsi la forme varie à l'infini avec le degré de près-

sion que la circonférence du cercle subit ; de même, d'après la charge que la moulure subit ou est sensée subir, elle oscille entre le filet et le boudin. Ces notions acquises, elles sont confirmées dans une série d'exercices au tableau noir, où le problème précédent est renversé : tracer une moulure et indiquer à quelle fonction elle convient ; réciproquement étant donné telle charge à supporter, tracer les moulures. La conclusion de toute cette étude méticuleuse est la suivante : les formes fondamentales des moulures sont :

Le boudin ou la baguette : le demi-cercle convexe;

La gorge : le demi-cercle concave ;

te quart de rond (échine) : le quart de cercle convexe ;

Le cavet : le quart de cercle creux ;

Le tore : le cercle.

Les élèves s'exercent, en guise de dessin à main levée, au tracé de ces moulures-types dans les différentes positions, d'abord sans relief, puis avec les traits de force et l'indication des ombres.

Les élèves suivent avec intérêt l'étude des moulures ainsi intimement reliée au métier; ils s'exercent l'œil, la main et le sens de la forme par le tracé, ils se rendent compte de la façon dont la construction domine la forme des moulures et en même temps trouvent l'explication des travaux qu'on exécute machinalement à l'atelier.

Ces études systématiques ne sauraient s'étendre à toutes les moulures ni embrasser les nuances infinies de formes que les artistes impriment à leurs tracés, mais elles ont pour effet de jeter quelque clarté dans ce domaine si obscur pour les gens de métier.

Les profils, — La combinaison des profils ne se fait pas d'après le hasard de la fantaisie : leur forme est déterminée par le rôle imaginaire ou réel qu'ils sont appelés à jouer dans le meuble auquel ils sont appliqués.

Si les moulures peuvent se justifier plus ou moins par des raisons de construction et de fonction, leur combinaison en profils est davantage soustraite aux données positives ; elle procède des grands principes de la composition et s'inspire d'un sentiment délicat, élevé, que des études élémentaires ne sauraient donner à de simples apprentis. Néanmoins il est indispensable que l'élève soit exercé à leur tracé, afin qu'il puisse se rendre compte, par la

simple lecture du plan d'un meuble, de la structure et de rexéeution des profils. Cette étude se fait d'abord oralement sous forme de discussion, sur des socles de colonnettes, des traverses, des panneaux, des corniches, des entablements, etc. Tout en justifiant par des raisons esthétiques et constructives les principaux profils, le professeur attire l'attention des élèves sur la manière rationnelle de les réaliser, sur la disposition des joints, et les études artistiques touchent de ce coteaux études professionnelles.

Une grande souplesse dans le tracé au service d'un sentiment raffiné étant indispensable à la composition, les rares élèves qui possèdent une préparation artistique approfondie et une grande intelligence du métier peuvent s'y livrer avec succès; les autres se bornent à étudier les profils en vue de leur exécution technique.

L'ornement appliqué.

Quatrième année d'études. — L'ornement appliqué aux travaux du bois, tel est, concurremment avec l'étude perspective du meuble, l'objet de la quatrième année d'études.

Le cours supérieur est entièrement consacré au meuble complet, à sa construction et à sa décoration.

La méthode que nous avons esquissée dans les cours précédents poursuit l'éducation artistique des apprentis; elle leur fait sentir comment l'ornement doit être conçu pour accentuer les fonctions et pour animer le meuble; comment les panneaux décoratifs sur lesquels se concentre l'attention du spectateur doivent offrir assez d'intérêt, et comment les moulures et le cadre doivent être combinés pour constituer la transition aux surfaces ornées. Cette étude tend à donner aux élèves le sentiment délicat de la convenance et de l'unité. (Chaque fois qu'un ornement est appliqué sans considération technique, il ne constitue qu'une parure extérieure, un véritable hors-d'œuvre, sans lien avec l'organisme du meuble.

L'école, voulant rester purement professionnelle, ne prépare pas à l'interprétation de la flore, de la faune et de la figure humaine; elle se borne à étudier l'ornement en vue de ses applications logiques et à en déduire certaines règles esthétiques faciles à justifier, telles que : si une moulure qui saille sous une charge doit être ornée, il faut que les feuilles et les fleurs soient interprétées de telle manière que les lignes caractéristiques suivent le

mouvement comme pour renforcer l'expression de résistance; les théories de perles, les cordes tressées si fréquemment employées dans les meubles celtiques, romans, etc., doivent, de par leur signification, être appliquées à des profils ceignants, aux colonnettes et faisceaux pour accentuer la jonction, etc..

L'ornement n'est donc pas mis en œuvre comme ayant son but en soi ; il doit aider à renforcer apparemment ou réellement la fonction de l'élément auquel il est appliqué.

L'école de Magdebourg base tout son enseignement sur la construction rationnelle; elle s'applique modestement à développer l'intelligence du travail; et si ces études élémentaires du meuble n'ont pas grande envergure, elles ont le mérite considérable d'établir un fond professionnel solide, sur lequel pourra s'échafauder, par des études subséquentes, une éducation technique et artistique supérieure.

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