OBSERVATION VII
Pubiée par Legroux dans la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie. 1856. Page 772.
RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. ENDOCARDITE. PNEUMONIE. CONCRÉTIONS DANS LES CAVITÉS GAUCHES DU CŒUR. OBLITÉRATION DE L’AORTE, DE L'ARTÈRE SOUS-CLAVIÈRE GAUCHE, DES ILIAQUES... ETC, SANS GANGRÈNE.
F. M. 29 ans, irrégulièrement menstruée. {re grossesse il y a8 ans.
En novembre, attaque de rhumatisme articulaire, siégeant aux épaules, aux doigts. Endocardite (bruit de souffle au 1er temps).
Le 19 décembre, environ un mois après l’invasion de la maladie, alors que la malade était en bon état, elle est prise tout à coup, vers 7 heures du soir, de douleurs déchirantes dans les membres inférieurs, surtout dans les jambes et dans les pieds, avec réfrigération de ces parties. Face pâle, an-
xièuse. Cris. Agitation, Pouls petit et concentré. Les Jours suivants, persistance de la douleur avec un peu moins d’intensité, mais encore cruelle, exacerbante. Persistance des battements dans les artères crurales.
Le 1tr janvier au soir, exacerbation violente et semblable à celle qui a marqué le début de la douleur. Les jours suivants, accès fébriles quotidiens etentre ces accès, faiblesse extrême, sorte d’anéantissement de la malade. Traitement par les préparations de morphine et le sulfate de quinine.
Le 16 janvier, on constate l’absence de battements dans les artères crurales, qui forment une corde inerte sous ‘le doigt. Pour sentiriles battements, en remontant le trajet des vaisseaux, il faut dépasser la bifurcation de l'aorte. La chaleur des membres inférieurs est évidemment moindre que celle du corps. Malgré cela, sensations passagères de chaleur brûlante aux pieds. Les veines des pieds sont réduites à quelques filets rougeâtres, que l’on vide par la pression et qui se remplissent aussitôt. La peau de ces parties est plus pâle que celle des bras. Aucun symptôme de gangrène prochaine. Les mouvements sont lents à cause de la douleur, surtout à l’articulation coxo-fémorale, La douleur occupe les pieds, et surtout les deux premiers orteils. Elle à des intermissions momentanées, des exacerbations cruelles, surtout la nuit. Vive, lancinante, déchirante, elle s’exaspère quand on touche ou qu’on essaie d’écarter les orteils. Le poids des couvertures est insupportable. La température et les qualités des corps avec lesquels les pieds sont en contact ne sont appréciées qu'après plusieurs secondes. Etat général assez bon, malgré l’amaigrissement profond et quelques mouvements fébriles irréguliers.
Le 2 février, accès fébrile précédé d'un violent frisson, Douleurs plus vives. Ascite légère. Œdème des pieds. Urines brunes et rares.
Les jours suivants, l’amaigrissement continue, Apparences de battements dans les artères crurales. Au devant de l'artère
Pb
crurale droite, on perçoit les battements très marqués d’une artériole superficielle. La chaleur des extrémités inférieures s’est relevée et devenue égale à peu près à celle du reste du Corps.
Le 10 février, le pouls du bras gauche a ‘disparu. Les veines de ce bras sont un peu affaissées. La coloration et la température de la peau sont égales à celles du côté opposé. Quelques douleurs vives mais passagères dans ce membre, surtout la nuit. Les douleurs des pieds sont beaucoup diminuées. On peut presser et écarter les orteils sans les provoquer.
Faiblesse, émaciation, vomissements et diarrhée. Petite toux avec émission de quelques crachats chocolat; accès de fièvre irréguliers, tels sont les phénomènes qui précédèrent la mort arrivée le 18 février sans agonie, sans ‘troubles intellectuels. |
Autopsie. — Pas de gangrène.
Un peu de sérosité sanguinolente dans les plèvres, Engouement du bord postérieur du poumon droit.
APPAREIL CIRCULATOIRE : 1° Le péricarde est libre d’adhérences. Il n’offre pas de fausses membranes, mais est opalin moins transparent qu’à l’état normal,
2° Cœur un peu volumineux. Ventricules un peu dilatés. L’endocarde de l'oreillette gauche a une teinte opaline jaunâtre ; celui du ventricule est sain. La membrane qui tapisse les cavités droites est également saine, sauf celle de l’oreillette qui est aussi opaline, jaunâtre, moins polie que normalement,. |
3° Concrélions fibrineuses. — La base du feuillet antérieur de la valvüle mitrale est surmontée du côté de l'oreillette, par une tumeur du volume d’une petite noisette, verruqueuse, inégale, jaunâtre, composée de couches irrégulières de fibrine condensée, et intimement adhérente à la membrane de l’oreillette. Cette tumeur envoie des prolongements fibrineux dans les veines pulmonaires et un autre ruban fibrineux qui, s’épanouissant entre les tendons valvulaires, se prolonge dans l'aorte jusque vers son passage à travers le diaphragme.
MAY Re
L’artère sous-clavière gauche, à partir de son origine jusqu’à la naissance de la mammaire interne, est oblitérée par un Caillot.
Les trois artères lombaires sont bouchées par des caillots formant, surl'orifice de ces artères, une sorte de petit champignon.
La fin de l'aorte est bouchée par un caillot adhérent à sa paroi, caillot aplati d'avant en arrière, ayant 7 à 8 lignes de haut, posé à cheval sur l’éperon résultant de la bifurcation aortique. L’iliaque gauche est oblitérée aussi dans l’étendue de 5 pouces, L'origine de l’hypogastrique est oblitérée par un prolongement du caillot,
Les iliaques droites sont également oblitérées.
L’oreillette droite renferme une concrétion de fibrine jaune, qui envoie un ruban long de 3 pouces dans l’artère pulmonaire, à travers l’orifice auriculo-ventriculaire.
Parois des artères. La membrane interne de l’aorte est rougeâtre, parsemée de petits points jaunes paraissant situés sous elle. La paroi vasculaire n’est pas épaissie.
La membrane en contact avec les caillots n’est ni épaissie, niramollie,nirecouverte d’exsudations pseudo-membraneuse. Le moyen d’union des caillots est une substance visqueuse, appréciable seulement quand on les détache.
Les artères iliaques sont, en certains pointsaltérées, épaissies, ramollies. Ces points correspondent aux points les plus rétrécis de ces vaisseaux, à ceux sans doute qui ont été les premiers oblitérés Les vaisseaux de la cuisse sont sains, un peu atrophiés.
Rien aux artères rénales et mésentériques.
Lestissus des membres dont les vaisseaux étaient oblitérés étaient dans l’état naturel.
Pour Legroux le début du rhumatisme a été marqué par le développement d’une endocardite avec formations de polypes Cet auteur admet que pour la première crise que présenta la malade, il ne peut exister aucun Goute. L’instantanèité des accidents, au moment où tout annonçait le retour à la
: Nbre
santé, lui paraît la preuve incontestable, que J'oblitération des ‘artères des membres inférieurs à commencé par un caillot projeté du cœur. La fièvre plus ou moins régulière ment périodique qui a marqué la deuxième phrase de la maladie, a pu être sous la dépendance d’une artérite qui aurait eu pour effet des oblitérations secondaires.