CHAPITRE V
Pronostic.
Le pronostic des embolies de l’aorte abdominale est à peu près fatal, puisque sur les 25 cas que nous avons rassemblés, 23 aboutirent à la mort. Celle-ci survint un temps variable après le début des accidents. Dans 5 cas (Obs. IX-XI-XVI-XVII-XXIID), la mort arriva dans les 48 heures qui suivirent l’attaque, tandis que dans les Obs. lei XXIV, les malades purent encore sur. vivre six mois environ.Cette différence de marche esten rapport avec les maladies dans le cours desquelles est survenue la migration du caillot. Le pronostic est bien plus sombre et à plus bref délai quand on a affaire à des maladies infectieuses graves comme lérysipèle, la pneumonie ou quand le malade est exposé à d’autres embolies, soit cérébrales, soit périphériques, comme cela arrive chez de vieux cardiaques dont les valvules sont un centre incessant de dépôts de fibrine.
Le degré de l’oblitération par l’embolie joue aussi
un grand rôle dans la marche des accidents. Quand elle est complète, comme dans l’Obs. IX, où l’incision de la peau ne donnait lieu à aucun écoulement sanguin, la mort arrive à bref délai, 24 heures après le début des accidents. Et, inversement, quand l’oblitération n’est que partielle, l'issue est moins rapidement fataie. | | ; Très rarement c’est la gangrène elle-même consécutive à l’embolie qui a amené la mort du malade, comme dans l’Obs. VII où la survie ne fut que de quatre jours. Dans deux cas les malades guérirent (Obs. VI de Gull et XII de Chvostek). Dans le premier, il est vrai, on ne trouve signalée aucune maladie infectieuse, aucune tare organique susceptible d’assombrir le pronostic. Dans le deuxième de même, la maladie était purement locale pour ainsi dire, le caillot ne s’étant pas formé dans le cœur, mais dans un point dc l’aorte comprimé par une carie vertébrale. Quand la terminaison doit être favorable comme alors, on peut assister quelquefois, comme dans l’Obs. VI, au développement progressif de la circulation collatérale. Les artères épigastriques deviennent volumineuses ; on peut sentir et même voir leurs pulsations. Les artères du dos, des lombes, des espaces intercostaux augmentent de volume et même dans l’Obs. VI, on pouvait entendre le long du dos un bruit doux de soufflet que Gull attribue en grande partie aux nombreuses anastomoses artérielles sous-cutanées. — Dans l’Obs. XII, au contraire, Chvostek dit ne pas avoir trouvé de circulation. collatérale sensiblement développée; mais comme jamais les battements artériels ne furent complètement sup -
primés dans les crurales, il admet que l’embolie arrêtée à la bifureation de l’aorte, était capable d'amener seulement de la parésie des membres inférieurs et des phénomènes gangréneux peu profonds de ces mêmes
extrémités,