LIVRE SECO>D
est malavsé d"v éviter confusion et desordre. Gela me faisoit craindre à moy mesnie de rencontrer nos troupes en lieu où ie ne feusse cognen, pour n'estre en peine de dire mon nom, et de pis, à l'adventure, comme il m'estoit aultrefois advenn; car en mi tel mescompte ie perdis et hommes et chevaux, et m'y tua Ion misérablement, entre aultres, un page, gentilhomme italien, que ie nourrissois soigneusement, et feut esteincte eu luv une tresbelle enfance et pleine de grande espérance. j\Iais cettuy cy en avoit une frayeur si esperduo, et ie le veovois si mort, à chasque rencontre d'hommes à cheval et passage de villes qui teuoieut pour le roy, que ie devinay enfin que c'estoient alarmes que sa conscience luy donnoit. Il sembloil à ce pauvre homme qu'au travers de son masque, et des croix de sa casaque, on iroit lire iusques dans son cœur ses secretles intentions : tant est merveilleux l'effort de la conscience! Elle nous faict trahir, accuser et combattre nous mesmes, et, à faulte de tesmoing estrangier, elle nous produict contre nous
Plus loin Montai(]ne parle avec sa haute raison et son cœur plein d'humanité contre la torture, cette atrocité absurde qui ne disparut tout à fait de nos lois que sous le règne de Louis XVI.
Cest une dangereuse invention que celle des géhennes, et semble que ce soit pluslost un essav de patience que de vérité. Et ccluy qui les peult souffrir cache la vérité, et celuv qui ne les peult soviffrir : car, poiu-quoy la douleur me fera elle plustost confesser ce qui en est, qu'elle ne me forcera de dire ce qui n'est pas? Et, au rebours, si celuy
(|iii n'a pas l'aict cl- île quoy ou l'accuse, est assez patieiil iiour supporter ces tornients, pounjuoy ne le sera celuy (jui l'a faict, un si beau [fuerdou^ que de la vie luy estant proposéi" le pense que le londeinenl de cette invention \ient de la consideiation de l'effort de la conscience : cai-, au coupable, il seHi])le (pi'elle ayde à la torture pour luy f.iire confesseï- sa faulte, et qu'elle l'affoiblisse; et de l'aul- [re part, qu'elle fortilie l'innocent contre la torture. Pour dire vray, c'est un moyen plein d'incertitude et de dan-
." jer.
Plusieurs nations, moins Ijarbares eu cela que la ;;rec- (|ue et la romaine, qui les ap[)ellenl ainsi, estiment horrible et cruel de lornieuler et desrompre un honiine, de la (aultc du(|ucl vous estes ciicores eu d<»id>le.
cifAPïJ i{i<: VI.
DJ-, l'i;xi:i'>citation.
Le mol excrci/dt/on veut dii'c ici s'exercer a se familiariser avec la nu>rl, « s'ajîprivoiser à elle » .
Nous en pouvons avoir expérience, sinon entière et parfaicle, au moins telle (qu'elle ne soit pas inutile, et qui nous rende plus fortifiez et asseurez : si nous ne la pou- \(ins ioindre, nous la pouvons a|)procher, nous la pouvons recojfiioistre , et si nous ne donnions iusques à son fort, au moins verrons nous et en pracliijuerons les advenues.
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