‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 104 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

j)liiI()S()j)lie prend là mal à [)ropos la place du père; il nous fait froid au cœur, et je rcj)ondrai à ce passa(je de Montai^ine par les beaux vers bien connus de Victor Hu(^o :

Il est si beau l'enfant avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui vent toii( dire,

Ses pli'nrs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie

Et sa boiicbe aux baisers.

Seigneur, préservez-moi, préservez ceux que j'aime; Frères, parents, amis, et mes ennemis même.

Dans le mal triomphants.

De jamais voir, Seignenr, l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la rnche sans abeilles,

La maison sans enfants !

Ce qui suit nous présente d'excellentes observations :

Quant à mov, ie treuve que c'est cruauté et inius-

tice de ne les recevoir au partage et société de nos biens, et compaignons en l'intelligence de nos affaires domestiques, quaiiil ils en sont capables, et de ne retrcncber et resserrer nos commoditez pour prouveoir aux leurs, puisque nous les avons engendrez à cet effect. C'est iniustice de veoir qu'un père vieil, cassé et demy mort, iouïsseseul, à un coing du foyer, des biens qui siiffiroicnt à l'advance-

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ment et entretien «le plusieurs enfants, et qu'il les laisse ee pendant, par faiilte de niovens, perdre leurs meilleures années sans se poulser an serxice publicque et cognoissance des hommes. On les iecte au desespoir de chercher |iar qnelqu(^ voye, pour iniustc «jn'elle soif, à prouveoir à leur besoin,*!

« Il y a d'étranges pères, a dit la Bruyère, dont )) toute la vie ne semble occupée qu'à j)rëparer à » leurs enfants des raisons de se consoler de leur » mort. M

Jiellsez les premières scènes de VAi'a)-r, et, si vous le faites, il es( probable (jn(^ vous relirez la pièce entière. Combien cet intérieur de famille est triste et, poiu" ainsi dire;, }|lacé par l'avarice d'Harpagon!

« Peut-on rien voir de j)lus cruel, dit Cb'ante à sa )) sœur Elise, que cette rigoureuse épargne qu'on » everce sur nous? que cette sécheresse étrange où » Ton nous fait languir? Hé ! que nous servira d'avoir )' i]u bien, s'il ne nous vient que dans le temps cpu' " nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir; et » si, pour m'entretenir même, il faut que mainte- » nant je m'engage de tous côtés; si je suis réduit, )' avec vous, à chercher tous les jours le secours des » nuuchands pour avoir moyen de porter des habits » raisonnables... »

Nous avons vu tout à l'heure le sage Montaigne

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