‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 105 sur 250 · LIVRE S ECO AD. lr · texte numérisé non relu

LIVRE S ECO AD. lr

s'envelopper dans certaines subtilités de moraliste en nous parlant de la première enfance. Mais on no saurait douter de son cœur plein de bonté, et c'est avec un sentiment de douce sympathie qu'on l'écoute s'exprimer ainsi :

l'accuse toute violence en l'éducation d'une ame tendre, qu'on dresse pour l'honneur et la liberté. Il y a ie ne sçais quoy de servile en la ri(;ueur et en la coutraiucte; et tiens que ce qui ne se peult faire parla raison, et par prudence et addresse, ne se faict iamais par la force. On m'a ainsin eslevé : ils disent qu'en tout mon premier aage, ie n'ay tasté des verges qu'à deux coups, et bien mollement. l'ay deu la pareille aux enfants que i'ay eu : ils me meurent touts en nourrice; mais Leonor, une seule fdle qui est eschappee à cette infortune, aattainct six ans et plus, sans qu'on ayt employé à sa conduictc , et pour le chastiement de ses faulles puériles (l'indulyeuce de sa mère s'y appliquant avseement), aultre chose que parolles, et bien doulces

Montaigne vent que l'on se marie tard :

le me mariay à trente trois ans, et loue l'opinion de trente cinq, qu'on dict estre d'Aristote. Platon ne veult pas qu'on se marie avant les trente; mais il a raison de se mocquer de ceulx qui font les œuvres de mariage aprez cinquante cinq, et coadauaic leur engeance indigne d'alimen) et de vie. Thaïes y donna les plus vrayes bornes; qui, ieuiie, respondit à sa mère, le pressant de se marier, u qu il n'estoit pas temps: » et devenu sur l'aage, « qu'il

ii'estoit plus temps )> . 11 fault refiiscv l'opportunitr à toute action impoitiiuo

Moiitai(jno veut aussi (jirime douce familiarité existe entre les ])ères et les enfants :

le veulx mal à écrite constimie, (rintenliic aux enfants Taj^pellation paternelle, et leiH' en enioindic une eslranj;iere, comme plus reverentiale, nature n'ayant volontiers pas suffisamment ])Ourven à nostre auctorité. Nous appel- Ions Di(Hi tout puissant, Père; et clesdaifjnons que nos enfants nous en appellent : i'ay leformé cett' erreur en ma famille. C est aussi folie et iniustice de priver les enfants, (|ui sont en aage, de la familiarité des pères, et vouloir maintenir en leur endroict une morfjue austère el desdaigneuse, espérant |>ar là les tenir en crainte et obéissance : car c'est une farce tresinutile, qui rend les pères ennuyeux aux enfanls, et, qui jiis esl , ridicules. Ils oui la ieunesse et les forces en la main, et par conséquent le vent et la faveur (\i\ monde; et receoi\ent avec mocquerie ces mines fieres et tvranniques d'un homme qui n'a plus de sany ny an cœur ny aux Acines; vrais espovantails de cbeneviere. <Uiand ie pourrois me faiie cjaindre, i'aimerois encore s inieulx me faire aimer : il y a tant de sortes de defaults en la vieillesse, (ani d impuissance, elle est si [noprcan jiiespris, que le meilleur acquesl qu'elle puisse faire, c'est l'affection et l'amour des siens; le commandement el la crainte, ce ne sont plus ses armes

Ici lions troii\ons une pcinliMc de maitre. Il s'ajjit iVuu vieillard colère (Hii croit être le maitre dans sa maison el don! se morpie toni ce f|ni l'entoure :

Page 1