‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 107 sur 250 · Vr.E SECOND. h>:î · texte numérisé non relu

Vr.E SECOND. h>:î

absolus de notre bien, et que la loi détermine, nonseulement la ]);u t (les enfants et de la famille, mais aussi celle de llltat, i|ui représente l'intérêt comnuni. La commune, l'Etat, c'est la grande famille qui nous impose des devoirs de toutes sortes et dans laquelb; l'intéro't j^articulier doit toujours céder à l'intc'rél généial.

J'aime beaucoup cette traduction de Platon. Estelle fidèle? Par exemple, dans cette pbrase : a Allez » l'oiis en ioyeusemenl où la nécessité humaine vous 1) appelle X , ce mot joyeusement est-il de Montaigne ou de Plalou? Joyeusement, c'est facile à dire! .le ne veux pas rberclier; mais ce mot-lîi doit être de iMontaigiie.

A la fin de ce chapitre, Montaigne essaye de drmontrer que les auteurs aiment leurs livres plus encore que les pères n'aiment leurs enfants. A l'appui de cette opinion, il cite de nombreux exemphis d'une incontestable solidité, mais qui me semblent surtout prouver combien notre amour-propre est vaste et envahissant :

Or, à considérer cette simple occasion d'aimer nos enfants pour les avoir engendrez, pour laquelle nous les appelions aultres nous iiu'smes, il semble <pi'il y ayt bien une aultre production venant de nous qui ne soit pas de moindre recommentlation : car ce que nous entendrons

par l'amo, les enfantements tîe nostre esprit, de nostre courage et suffisance , sont produicts par une plus noble pa'tiequt' la corporelle, et sont plus nostres; nous sommes pert: et mère ensemble en cette génération. Ceulx cy nous coiislenl bien plus cher, et nous apportent |)lus d'honneur, s'ils ont qui'lque chose de bon : car la valeur de nos aultres enfi>nts est beaucoup plus leur que nostre, la part (pu- nous V avons est bii'n legiere; mais de ceuIx c\-, toute la beauté, toute la grâce et le prix, est nostre. Par ainsin, ils nous r<'presi'nlent et nous rapportent bien plus vifvement que les auitri's. Platon adiouste que ce sont icy des enfants immortels qui immortalisent leurs pères, voire et les déifient, comme Lvcurgus, Solon, IMinos.

Puis Montui{;ne cite plusieurs auteurs qui n'ont pas voulu survivre à la destruction de leurs ouvrages condamnes à être hrniés. Pour ma part, je ne puis admettre que nous nous portions à de semblables excès de tendresse paternelle pour les productions de notre esprit, et, sans hésiter, je blâme Cremutius Cordus de s'être laissé mourir de faim parce que Tibère avait fait jeter ses écrits an feu; je blâme également Labiémis de s'être tué pom^ un motif pareil. Mais je trouve spirituel et hardi le trait de Gassius Severus, qui voyant brider les livres de son ami Labiénus, criait que, par tnesnie sentence, on le deh- » t'oit <ii(an(l et (juaïHl condamner à estre briislé tout » t'/f; car il uDrtoit et cinisen'oit en sa mémoire ce " (lu'iJs cnnlmoie/it . »

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