LIVRE SEGO^■D
Leur instruction est de la cresmc de la philosophie, et présentée d'une simple façon, et pertinente
Quant à Cicero, les ouvrages qui nie peuvent servir chez luy à mon dessein^, ce sont ceulx qui traictent de la philosophie, spécialement morale. Mais, à confesser hardiement la vérité (car, puisqu'on a franchi les barrières de limpudence, il n'y a plus de bride), sa façon d'escrire me semble ennuyeuse; et tout aultre pareille façon -: car ses préfaces, définitions, partitions, etymologies, consument la plus part de son ouvrage; ce qu'il y a de vif et de mouelle est estouffé par ses longueries d'apprêts..... Quant à son éloquence, elle est du tout hors de comparaison : ie crois que iamais homme ne l'egualera
Les historiens sont ma droicte balle ' ; car ils sont plaisants et aysez; et quand et quand l'homme en gênerai, de qui ie cherche la cognoissance, y paroist plus vif et plus entier qu'en nul anltre lieu; la variété et vérité de ses conditions internes, en gros et en détail, la diversité des moyens de son assemblage, et des accidents qui le menacent. Or ceulx qui escrivent les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux événements, plus à ce qui part du dedans qu'à ce qui arrive au dehors, ceulx là me sont plus propres : voylà pourquov, en toutes sortes, c'est mon homme que Plutarque
INIontaigne admire comme historiens César et Salluste. Il est singulier qu'il ne parle pas de Tacite.
1 Allusion au jeu de paume, on la halle qui arrive du côté droit i\st l^cilement renvovée.
Puis passant aux historiens français, il dit aimer le bon Froissard, qu'il trouve naïf, de bonne foi, nous racontant tontes choses comme elles se présentent , » sans chois et sans triaqe » . Tout ce passage est excellent :
raiiiic les liisluriens ou fort simples, on cxci-llents. Les simples, qui n'ont point de qiioy y mesler quelque chose (lu leiu', et i|iii n'y appoiteul (pie le soiu;; et la dilij|cuce de r'amasser tout ce (|ui viiMit à leur iioliee, et d'euregistrer, à la honuo foy, toutes choses sans chois et sans triafje, nous laissent le iii(^;euient entier pour la coguolssauce de la verit('' : tel est entre aultres, pour exemple, le hou Froissard
C'est la matière de l'histoire nue et iulorme; chascun eu peidt faite son proufit autant qu'il a d'euteudem(>nt. Les hieu excelleuls oui la sufHsance de choisir ce (|iii est tlifjue d'estre sreii; peuvent trier, de deux rap- ]H)rts, celu\- (pii est phrs \ raisemhlahle; de la condition des princes et d(> leius humeurs, ils eu couclueut les conseils, et leiu' attiihiu'ut les parolh's couveiiahles : ils ont raison de prendre l"auci()rit('' de l'eeler nosire créance à la leur; mais, certes, cela u\q)|)arlieul à Jjueres de ;;euts. Ceulx d'entre deux ((|ul est la plus connnuue fa(;()n) nous ;';astent lou( ; ils venleul nous mascliei- les morceaux; ils se (lonueul 1(>\' (le iiifjcr, e( par conséquent (riucliner à leur f nitaisie; car, depuis (|ne le iuj;ement pi'ud d'un coslc'-, on ne se peult j;aidei' de contourner et lordre la narrati(ju à ce hiais : ils entrejircunent de choisir les choses di;;nes d'estre sceues, (^t nous cachent souxcnt (elle paiole, telle aciion piivce, (|ui nous iuslruiroit mieiilx;