LIVRE SECOND
blessures dont la moindre eût suffi pour terrasser un homme. Il est vrai aussi que l'histoire a tonjonrs représenté la mort de Caton comme un acte d'héroïsme. Mais n'eùt-il pas mieux fait de vivre pour défendie la liberté contre César, ou de mourir en combattant pour elle? C'était possible encore à Utique, même après la défaite de Scipion près de Thapsus. Une telle mort était préférable à son héroïque suicide, ([ui, suivant l'opinion parfaitement juste de Napoléon I" (pie nous avons citée, ne pouvait (|u'étre funeste à son parti.
Ce n'est qu'après une douzaine de pages, toujours sin- la vertu, que Montaigne arrive au titie de son chapitre, et nous dit :
le hais, entre aultres vices, cruellement la cjuauté, et par nature et par iuyement, comme l'extrême de touls les vices; mais c'est iusques à telle mollesse, que ie ne veois j)as esyor{>er un poulet sans desplaisir, et ois impatiemment gémir un lièvre soubs les dents de mes chiens, qnoy- (jue ce soit un plaisir violent que la chasse.
En la iustice mesme, tout ce qui est au delà de la moit siiiq)le me semble pure cruauté.
Belles paroles qui pendant trop longtemps ne furent pas écoutées! car il se passa pins de deux siècles avant que la torture fnt abolie.
Plus loin Montaigne dépeint e'nergiqnement les horreurs des guerres civiles qui désolèrent le seizième siècle :
le vis en une saison en laquelle nous abondons eu exemples incroyables de ce vice, par la licence de nos guerres civiles; et ne veoid on rien aux histoires anciennes de plus extrême, que ce que nous en essayons touts les iours : mais cela ne m'v a nullement apprivoisé. A peine me pouvois ie persuader avant que ie l'eusse veu, qu'il m; feust trouvé des âmes si farouches, qui, pour le seul plaisir du meurtre, le voulussent couunetlre; hacher et destrencher les membres d'aultruy; aipiiiser leur esprit à inventer des torments inusifez et des morts nouvelles, sans inimitié, sans proufit, et pour cette seule fin de iouïr (lu |)iaisant s[)ectacle des gestes et mouveineuts pitoyables, des gémissements et voix lamentables, d'un homme mourant en angoisse.
CflAIMIFlR \M.
APOLOGIE m-, l'.AIMOND SKIîCO^iD.
Ce chapitre est comine un livre entier et comprend près de trois cents pages. L'apologie de RaimoïKl Sebond y tient peu de place. A part quelques lignes au commencement, c'est à peine s'il en est parlé. Et en effet, ce nom n'est pas autre chose ici qn'im