LIVRE SECOND
crois, ne meurs tu doncques toy inesme? » luy feit il. Dio- {jenes, plus brusquement, selon sa mode, et plus loinjj^ de nostre propos, au presbtre qui le preschoit de mesuie de se faire de son ordre pour parvenir aux biens de l'aultre monde : « Veulx tu pas (|ue ie croye qu'Afjesilaus et Epainiuondas, si grands hommes, seront misérables; et que (oy, qui n"es qu'un veau, et qui ne fais rien qui vaille, seras bienheureux , parce que tu es presbtre? » Ces grandes promesses de la béatitude éternelle, si nous les recevions de pareille auctorité qu'un discours philosophique, nous
n'aurions pas la mort en telle horreur que nous avons
Tout cela, c'est un signe tresevident que nous ne recevons nostre religion qu'à nostre façon, et par nos mains, et non aullrement que comme les aultres religionsse receoivcnt. Nous nous sommes rencontrez au pais où elle estoit en usage; ou nous regardons son anciennelé, ou l'auctorite des hommes qui l'ont maintenue; ou craignons les menaces qu'elle attache aux mescreanfs, ou suyvons ses promesses. Ces considérations là doibvent esfre employées à nostre créance, mais comme subsidiiiires; ce sont liaisons humaines : uneaultre religion, d'austrestesmoings, pareilles promesses et menaces nous pourroient imprimer, par mesme vove, une créance contraire. Nous sommes chrestiens, à mesme titre que sommes perigourdins ou allemans
Voltaire exprime ces mêmes idées, quand il fait ainsi pailer Zaïre :
La coutume, la loi plia mes premiers ans
A la religion des heureux musulmans.
Je le vois trop : les soins qu'on prend de notre enfance
Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance,
J'eusse éXd pivs du Ganne esclave des faux (lieux, Cliiétiennc dans l'aris, iinisuliiiano en ces lieux.
INIontaifjne, ; ini de lu lihortt', re|)oncIait coiirapeusement par le doute philcsophique an eri .souvent repét*' autour de lui dans ce temp.s uialluînrenx : crois on meurs. Mais i'alliéisnie ne Ini «'lait pas moins insu|)por(al)le (|ue l'intolérance reli(;iense.
l/allieïsuie eslaut une proposition counne ilesnaturee
et iiKtnsfrucnse, dilficile aussi t't lualavsee d'establir en l'espiit liiini.iiii, |ionr ii)Sf)l('iit el desrejjlé cpi'ij puisse estrc, il ii'iin esl vcu assez, par vanité, et ])ai' liciti' de concevoif des opinions non xulgaiies et reforuialiices du monde, en affeeler la profession jjar contenance; ([ui, s'ils sont assez Fols, ne sont pas assez loris pour r,i\(»ii' plantée en leur eon.scieuee : j)Ourlaiil ils ne lairioiit de ioindre leurs mains vers le ciel, si vous leiu- attachez un bon coup d'espee en la poictrine; et quand la crainte ou la maladie aura abhattu et api^esanli cette licencieuse l'erveiu- d'humeur vola;;c, ils ne lairiont pas de se nnenir, et se laisser tout discicttcmcnl manier aux créances et exemples puhlic- (pies
J'ai peu de^joût poiH' tout ce (juidéjKisse le domaine de l'expéi'ience et pour ce (pii tonche à la incdapliNsicpie <pie Voltaire appelle spirituellement le roman de l'àme. (Ju'est-ce (pi(; Dieu? Nous n'en savons absolument rien. ^ral;'.ré les njonceanx de