‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 115 sur 250 · I.IVr.K SECOND, 2i:î · texte numérisé non relu

I.IVr.K SECOND, 2i:î

livres qui ont été écrits sur Dieu, les limites de notre intellipence ne nous permettent j)as d'eu dire un seul mot avec certitude. L'idée do Dieu existe chez l'homme; mais au delà de cette i(h'c simple, (riinc unité absohie, tout (J(;vieut doute et contusion. Alors se présentent des cpiestions sans nombre auxquelles il est impossible de répoudre. C'est là, si je ne me trompe, le qne sais-jc? de Moi)tai;;ne. Il ])ratiipiait en homme du monde, sans une toi bien vive, la religion dans laquelle il était né. Il était, à ])art les diliérences éle temps, ce qu'eu très-grand nombre nous sommes aujourd'hui. Mais surtout il était proh)ndément dc'iste. J'en vois la preuve dans le passage suivant, qui me semble être une admirable svnthèse de sa pensée en matière religieuse :

De toutes les opinions humaines et anciennes louchant la religion, celle là me sendîle avoir en pins de vraysemblance et plus d'excuse, qui reco(jnoissoit Dieu comme une puissance incompréhensible, oiijjine et conscrvalrice de toutes choses, tonte bonté, toute perfection, recevant et prenant en bonne part l'bonueur et la révérence (jue les humains Inv reudoient, soubs quelque visajjc, soubs quelqnc nom el en qiiel(|ii(' maïu'ere que ce fenst

Et maintenant j'avoue que j'ai quelque intention de faille de larges coupures dans ce douzième chapitre, malgré les beautés de premier ordre qu'il ren-

2JV ETTDF, SflR LKS ESSAIS DE .MO^TAIG^'E.

ferme. J'aime pins encore Montaigne nous parlant de l'homme on de lui, ce qu'il fait si bien, (jue de Dien. ?>on j)as (pi il n'ait uiiîle fois raison, qnand il tronve l'honmie parfaitement ridicule de croire que l'univers a été tait pour lui :

Oui luv a |)t'r.siia(ié t[ii(' ce liransle admirable de la voidte céleste, la bunicre éternelle de ces (lambeaux roulants si fièrement sur sa teste, les mouvements espoventables de (Cite mer infinie, sovent establis, et se continuent tant de siècles, pour sa commodité et pour son service? Est il possible de rien imaginer si ridicule, que cette misérable et cliestlfve ci'eature, qui n'est pas seulement maistresse de soy, exposée aux offenses de toutes cboses, se die niaistresse et euq)eriere de l'univers, duquel il n'est pas en sa puissance de coynoistre la moindre partie, tant s'en fault de la commander

.le j)asse ])lusieurs pages où Montaigne nous fait un peu trop voir qu'il croNait, comme tout le monde alors, à rastr(jlogie. Ce ne fut qu'ini siècle plus tard (pie Molière porta les derniers cou])S ii cette fausse science dans sa comédie des Amants magnifiques, où Sostrate, on pourrait dire ÎNIolière lui-même, s'exprime ainsi : « Il n'est jias en ma puissance de concevoir » commenton trouve écrit dans le ciel jusqu'aux jdus '< ])etites particularités de la fortune du moindre )' liomme. Quel rajqiort, quel cominerce , quelle

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» correspondance peut-il y avoir entre nous et les

» globes éloignes de notre teirc d'mie distance si

" effroyable? Et d'où cette belle science enfin

» peut-elle être venue aux hommes? Quel dieu l'a

» révélée? »

Pour faiic honte à l'homme et lui donner la mesure de sa faiblesse, Montaigne lui démontre qu'il est bien plus près des bétes qu'il ne croit, lui qui se vante d'être fait à l'image de Dieu , et même que sur plusieurs points les bêtes lui sont supérieures. Son dessein, dit le grand Arnauld dans la Logique de Po)'t-Ro} al, n'était pas de parler raisonnablement, mais de faire un amas confus de tout ce qu'on peut dire contre les hommes. Telle n'a pas été, je crois, la pensée de Montaigne. Il a voulu être séiieux. Seulement il a pris pour point d'appui des plus fragiles, soit les légendes zoologi(jues de l'antiquité, soit les traités d'histoire naturelle du moyen âge. Il en résulte que dans ses comparaisons entre rintelli{;enc{' de l'homme et l'instinct des bêtes, il leur fait une part trop belle. Il faut se contenter de voir là d'amusantes exagérations. En vérité tous les animaux de la création figurent dans cette revue misanthropique, même les poissons, la murène de Grassus , par exemple. Je conviens que Grassus donnant des col-

iiers cK; perles à sa murène, et portant son deuil, se montrait plus béte qu'elle.

Montaigne nous parle d'ahorcl de sa chatte :

Quand ie mo ioue à ma cliatte, qui sçait si elle passe son temps de moy, plus que ie ne fois d'elle? nous nous entretenons de singeries recipnxpies : si i\iv mon licnre de commencei' ou de lefnser, aussi a elle la sieiuie.

(jiiellc sorte da nostie suflisance ne rec'0[j:noissons

nous aux opérations des animanlx? Ivst il police refjlee avecqiies plus d'ordre, diversifiée à plirs de char[;es et d'of- (iees et plus conslanoiienl entretenue que celh; des mouches à miell' cette disposilion d aciions el lie vacations si oidonnee, la pou\ons nous imajjiner se conduire sans discoius et sans [trudence?... Les aroudelles , que nons veo\ons au retour du printemps fureter fonts les coins de nos maisons, cherclient elles sans iiieement, el elioisissenl elles sans discrelion, de mille places, celle (pii leur est la plus commodeà se loj;cr? el eu celle helle et admii'ablecoiUexturede leurs basiimenis, les oyseanx peuvent i!sseser\ir pluslosi iFune fi{;ure quarree, (jue de la londe, d'un anyle obtus, (jue d'un anjjle djoil, sans en sçavoir les conditions et les efCecls V pieuiient ils tantost de l'eau, lantost de l'arjjille, sans iuf;ei' qu(> la durelé s'amf)lli( en l'Iunuectant? planclienl ils d<' mousse lein- palais, ou de duvet, sans pnnoir <|ue les membres tendres d(,' leurs |;etits v seront plus mol- Ifuienl el plus à l'avse? se couM'enl ils du vent pluvieux, el piaulent leur lojje à l'orient, sans cognoistre les coudiioirs différentes de ces m'uIs, et considère)' que l'un leur est p'us salnlaiie que l'aullre? Poin([Uoi e.spe>sit l'araigui^e

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