‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 116 sur 250 · LIVRE SECOiND. fîlT · texte numérisé non relu

LIVRE SECOiND. fîlT

sa loilc (Il nu ondroirl, et rolaschc en iiii . mitre, se sort à cett»! lu'iiio de celte soi te de nœud, tantost de celle Jà , si elle na vl délibération, et pensement, et conclusion? IN'oiis recognoissons assez, en la plnspart de leurs ouvrages, combien les aniniaulx ont d'excellence au dessus de nous, et combien nosire art est foibl(> à les imiter : nous veovons toutesfois aux nostres , plus grossiers, les fecultez que nous y employons, et que nostre ame s'y sert de toutes ses forces ; pourqnoy n'en estimons nous autant d'eulx? pourquoy attribuons nous à ie ne sçais quelle inclination naturelle et servile les ouvrages qui surpassent tout ce que nous pouvons par nature et par art?

J'ai dit tout à l'heure que Montai(;ne avait voulu être sérieux, et encore un peu j'en aurais presque r(îgret. Ce n'est pas en prétendant que nous pourrions j)artager avec les bétes l'avantage de ne porter aucun vêtement. Si nous nous habillons, c'est pure fantaisie de notre part :

Nosire peau est pourveue, aussi suffisamment que la leur, de fermeté contre les iniures du temps : tesmoing plusieurs nations qui n'ont encores goustéaulcun usage de veslements; nos anciens Gaulois n'estoient gueres vestns; ne sont pas les Irlandois nos voisins, soubs un ciel si froid : mais nous le iugeons mieulx par nous mesmes; car touts les endroicts de la personne qu'il nous plaist descouvrir au vent et à l'air, se treuvent propres à le souffrir, le visage, les pieds, les mains, les iambes, les espaules, la teste, selon que l'usage nous v convie : car s'il v a partie en nous foible,

et qui semble dt'bvoifcraindie la froidure, ce deb\joil estrc l'estoinach, où se faict la digestion; nos pères le portoieiit descouvert; et nos dames, ainsi molles et délicates qu'elles sont, elles s'en vont tantost entr'ouvertcs iusques au nombril .

Voilà nos Parisiennes terriblement distancées! mais je crois que Montaijjiie exagère un peu.

Nous trouvons iji une leçon de chant décrite à merveille :

Il V a encores phis de discours à instruire aultruy qu'à estre instruict : or, laissant à part ce (jue Democritus iugeoit, et prouvoit, que la pluspait des arts, les bcstes nous les ont apprinses, comme rarai^jricc à tistre et à coudre, l'arondelle à bastir, le cvjjne et le lossipiiol la musique, et plusieuis animaulx, par leur imitation, à faire la médecine : Aristote tient <|ue les rossi^juols instruisent leurs petits à chanter, et y employent du tenq)s et du soin{;, d'où il advient que cculx que nous nourrissons en cage, qui n'ont point eu loisir tl'aller à l'eschole soubs leurs parents, perdent beauconp de la grâce de leur chant : nous pouvons iuger par là qu'il receoit de l'amendement par discipline et par estude; et, entre les libres mesme, il n'est pas un et pareil, chascun en a prins selon sa capacit»'; et sur la ialousie de leur apprentissage, ils s<' débattent, à l'envv, d'une contention si coura;;eiis(;, que, par fois, le vaincu y demeure mort, l'haleine luy taillant plustost que la voix. Les plus ieunes ruminent pensifs, et prennent à imiter certains couplets de chanson; le disciple escoute la leçon de son précepteur, et en rend compte avecques

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grand soing; ils se taisent, Tun tantost, tantosl raultrc; on oyt corriger les faultos, et sent on anicunes reprehensions du précepteur.

Tout cela est raconté d'une façon cliarmante. J'aime beaucoup aussi l'histoire de la pie, d'après Plutarque :

Elle estoit en la bontifjue d'un barbier, à Rome, et faisoit merveilles de contrefaire avecques la voix tout ce qu'elle oyoit. Un iour, il adveint que certaines trompettes s'arresterent à sonner longtemps devant cette boutique. Depuis cela, et tout le lendemain, voylà cette pie pensifve, muette el melancliolique; de quoy tout le monde estoit esmerveillé, et pensoit que le son des trompettes l'eust ainsi n estourdie et estonnee, et qu'avecques l'ouïe, la voix se feust quand et quand esteincte : mais on trouva enfin que c' estoit une estude profonde, et une retraicte en soymesme, son esprit s'exercitant, et préparant sa voix à représenter le son de ces trompettes : de manière que sa première voix ce feut celle là, d'exprimer parfaictement leurs reprinses, leurs poses, et leurs umances, ayant quitté, par ce nouvel apprentissage, et prins à desdaing, tout ce qu'elle sçavoit dire auparavant.

Je ne puis omeLLic u:: excellent portrait du chien de l'aveugle :

le remarque avecques plus d'admiration cet effect,

qui est toutesfois assez vulgaire, des chiens de quoy se servent les aveugles, et aux champs et aux villes; ie me suis prins garde comme ils s'arrestent à certaines portes, d'où ils

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fnit accoiislmné de tirer raiiliiiosiK' ; comme ils évitent le choc des coches et des charrettes, lors mesine que, pour leur rejjard, ils ont assez de place pour leur passade; i'en ay \eu, le long d'un fossé de ville, laisser un sentier plain et uni, et en prendre un pire, pour esloingner son maisire du fossé : comment pouvc^t on a\oir fiict concevoir à ce chien, que c'estoit sa charge de regarder seulement à la seiuelé de son maisire, et mespriser ses propres commodilez pour le servii? Kl comment avoit il la cognoissance (jue tel chemin luy estoit bien assez large, qui ne le seroit [)as pour un aveugle? Tout cela se peult il coiriprendie sans ratiocinatioii ?

]Miiis (jiie de faits liasardés , (jiiG d'observations contestables dans cette rechercbe téméraire de la supériorité des jjéles sur riiomme! l*ent-on dire qn'elles nous (h'passent en amitié, en reconnaissance, en ma- (fnanimité? A (juoi i)on chercher dans Pline, Aristote, Phitarqiie, de vrais contes, et s'en servir comme dar- [jnmenls? Il est bien j)ermis de douter des sentiments lelijjieux des élépliants , de l'amonr de l'un d'eux j)Our iniejoli(! bouquetière d'Alexandrie, qu'il caressait en luy ntrinnil sa trompe dans le sein par- (l'essun/is Son collri . Ai)res l'éléphant, c'est \\n bélier amoureux d'uiie jeune Hlle, et même une oie! Comment croire aux connaissances astronomiques et (jéométricjues des thons, aux petits s(.'rvices que se rendent entre eux les roitelets et les crocodiles, à l'hos-

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