LIVRE SECOND
nature humaine; Épicure , au contraire, le revêtant cfnne humaine figure et de nos membres, les quels membres ne luisant iVaucun usage, Montai^jnc s'écrie : « Fiez-vous àvostre philosophie ; vantez-vous d'avoir ,, trouvé Ui febve au gasteau, à voir ce tintamarre de » tant de cervelles philosophiques ! «
Et plus loin :
Qui fagoteroit suffisainment un auias des asneries de l'humaine sapience, il diroit merveilles. l'en assemble volontiers, comme une montre, par quelque biais non moins utile que les instructions plus modérées. lugeons par là ce que nous avons à estimer de l'homme, de son sens et de sa raison, puis qu'en ces grands personnages, et qui ont porté si hault l'humaine sufHsance, il s'y treiive des defaults si apparents et si grossiers.
Gela me semble tellement vrai, que, malgré les beautés que renferme le reste de ce chapitre dont j'ai atteint à peine la moitié, malgré la hauteur du sujet qu'il traite , peut-être à cause de cette hauteur même, qui confond l'intelligence humaine, je me décide à ne plus faire qu'un petit nombre de citations, avant de passer au chapitre suivant.
Il ma tousiours semblé qu'à un homme chrestien cette sorte de parler est pleine d'indiscrétion et d'irrévérence : a Dieu ne peult mourir; Dieu ne se peult desdire; Dieu ne peult faire cecv ou cela. » le ne treuve pas bon d en-
fermer ainsi la puissance divine soubs les loix de nostie parole : et l'aj^parenee qui s'offre à nous en ces propositions, il la fauldioit représenter plus reverenmienl et plus relij'ieusenient.
Cette fierté de vouloir descouvrir Dieu par nos
yeulx, a faict qu'un yrand personnage des nostres ' a attribué à la Divinité une forme corporelle; et est cause tic ce qui nous advient touts les jours d'attribuer à Dieu les événements d'importaiu c, (rime particulière assignation : parce qu'ils nous poisent, il semble qu'ils luy poisent aussi, et qu'il y regarde plus entier et plus attentif qu'aux événements qui nous sont legiers, ou d'une suitte ordinaire; incujna tlii lurant, parixt )ie(jUyiin( cscoutez son exemple, il \ous esdaircira de sa raison iiec in rcynis (jindeni rcycs oiiinia ntbiiiiKi crirant -^ comme si à ce roy là c'cstoit plus et moins de remuer un empire, ou la feuille d'un arbre; et si sa providence s'exerceoit aultrement, inclinant l'evcnement d'une l-altaille, que le sault dune piilce.
îSous ne sommes non plus [)rez du ciel sur le mont Ceiiis, (pi'au fond de la mer
Je ne citerai rien des considérations de Montaijjne sur l'immortalili' de rànic. C'est admirablement écrit,
1 Tertullien.
-Les dieux piviment soin tics jjiniides choses, et iifjjiijjeiil les petites. CicÉKON.
•^ Les rois enx-inéincs ii'eiiticiit |):is dans tous les petits détails des affaires de leur lovaiiiiie. Ck.khoiN.