LIVRE SECOND
mais toujours ondoyant. Après les avoir lues, ou u'a pus l'ait un seul j)as dans ce pays de l'incouuu. L'âme est-elle immortelle? Nous devons le croire , nous le croyons. Mais, pour Dieu! raisonnons le moins possible cette croyance nécessain; au sentiment delà di^jnitë humaine. Le bonhomme Chrysale dit avec un (jrand bon sens à sa femme, la savante iMiilaminte :
Raisonner est l'emploi de toiUc ma maison, Et le raisonnement en Itainiil la raison.
Nous veoyons bien qne le doijjft se ment, et qne le
pied se ment, cpi'aukHuios parties se branslent d'elles mesmes, sans nostie conjjé, et qne d'anltres nous les agitons par nostre ordonnance; qne certaine appréhension engendre la rougeur, certaine anltre la pasleur; telle imagination agit en la rate seulement, telle aidtre an cerveau; Tune nous cause le rire, l'aultre le pleurer; telle aultre transit et estoiuie touts nos sens, et arreste le
mouvement de nos mend^res Mais la nature de la
liaison et cousture de ces admirables ressoris, iamais homme ne l'a sceu; otmiia incerta ratione, et in natnrœ niaiestate alxlitd ', dict Pline; et sainct Augnstii], Modus, (juo corporihus (idh(erent spiritns,... onuiinu iniriis est, nec comprelwndi ah limiiine potest ; et hoc ipse lioniu est \
• Tous ces mystères sont impénétrables à la raison, et restent cachés dans la majesté de la nature.
2 La inarjièrf dont le-; esprils siinl inii.-; aiiv cnin-; est tout "i f^iil
Pour lutter contre notre orj^ueil, contre nos prétentions à pénétrer au delà de ce qu'il nous est imjjossihle (le connaître, écoutons Montaigne, abaissons-nous au niveau de cette grande intelligence qui honoie l'humanité, de ce profond érudit qui, a])rès de longs et patients travaux, nous dit avec une simplicité charmante :
Mov, (pii mV'spie de plus prez, (pii iiy les yeulx incessamment tendus sur moy, comme celuy qui n'a pas fort à faire ailleurs, à peine oserois ie dire la vanité et la foibicsse que ie trouve chez mov : i'ay le pied si instable et si mal assis, ie le Ireuve si aysé à crouler et si prest au bransle, et ma veue si desreglec, ([uc ;'i ii'un ie me sens aultre qu'aprez le repas; si ma sauté me rid et la clarté d'un beau iour, me voylà honneste homme; si i'ay un cor qui me presse l'orteil, me voilà rcnfroujjné, mal plaisant, et inaccessible : un mesme pas de cheval me semble tantost rude, tantost avsé; et mesme chemin, à cette heiue plus court, une aultre fois plus lonp, ; et une mesme forme, ores plus, ores moins agréable : maintenant ie suis à tout faire, maintenant ;"i rien faire; ce qui m'est plaisir à cette heure, me sera quelqiiesfois [)eine. Il se faict mille agitations indiscrettes et casuelles chez moy; ou l'humeur melancholique me tient, ou la cholérique; et, de sou auctorité privée, à cett' heure le chagrin prédomine en mov, à cett' heure l'alaigresse. Quand
meiveilleuse, et ne peut être cc^mprisL- par l'li(jiiiiiie ; el cette union est riioiiiine nii-nie.