‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 124 sur 250 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

QUE NOSTRE DESIR s'aCCROIST PAR LA MALAYSANCE.

Il n'est rien naturellement si contraire à nostre

goust, que la satiété qui vient de l'aysance; ny rien qui l'aiguise tant, que la rareté et difficulté :

Galla, ncjja ; satiatiir amor, msi gaiulia torcjuent '.

La rigueur des niaistresses est ennuyeuse; mais l'avsance et la facilité l'est, à vray dire, encores plus : d'autant que le mescontentement et la cholere naissent de l'estimation en quoy nous avons la chose désirée, aiguisent l'amour, et le reschauffent; mais la satiété engendre le desgoust; c'est une passion mousse, hebetee, lasse, et endormie.

Si qua volet regnare diii, conteinnat amantem 2,

Contemnlte, amantes:

Sic hodie veiiiet, si qua negavit lieri^.

Pourqvioy inventa Poppea de masquer les beautez de son visage, que pour les renchérir à ses amants? Pourquoy a Ion voilé iusques au dessoubs des talons ces beautez

1 Galla, refuse-moi; l'amour se fatigue, quand le plaisir n'est pas un tourment.

2 La femme qui veut régner longtemps doit dédaigner celui qui l'aime. Ovide.

3 Amants, affectez la froideur; par là, vous vendez venir à vous, aujourd'hui, celle qui vous repoussait hier. Propeiick,

(|iie chascune désire montrer, que chascun désire veoir? l'oiinjiiov couvrent elles de tau) (reni})(\sc1ieiiicuts, les uns sur les aiilties, les parties où lojjfc piincipalenient uostre désir et le leur? e( à quoy servenl ces (jros bastions, dequov les nostres viennent d'armer leurs Hancs, (ju'à Icinrei- notre ap|)e(i(, et nous altirn- à elles en nous esloiUj'jiianl '!

Et liij|it j(l s.iliics, cl >e ciipit aille vidi ri '. Iiiiiidiiiii liiiiioa diixit opcrta niDinin -.

On voit bien ici (jue les (;ian(l.s poètes amoureux et ])aïens faisaient les (U'iices de Mnntai(;n(% quelque [leu païen lui-uu-uie , et comme poëtc; et comme philosophe.

A quoy sert l'art de cette honte \ii j-inale, cette froideur rassise, cette coiUenance severe, cette profession d'ignorance des choses qu'elles sçavent mieulx que nous qui les en instruisons, qu'à nous accroistre le désir de vaincre, j'fourmander, et fouler à iiosire appétit, toute cette cerimoiii(^ et ces obstacles ? car il v a non seulement du plaisir, mais de la Mloiir eiicores, d'affolir et deshaucher celte molle doiilcenr et cedr pudeur eiihiiiline, et de renjjcr à la mercv de iiosire aideur une {;ia\ité froide et ma};isliale : c'est ploire, disent ils, de triompher de la modeslie, de la cliaslclé, et de la lempei .uicc ; et qui desconseille aux dames ces parties là, il les iraliif, et soy mesmc. Il laull cioiic (pie le caiii' leur iVcmil d'effroy, que le son de nos mois lilece la piiieli' de leurs am-eilles,

' Ell(! Fuit vers les saules, ut vciil iiijiai avant être vue. Yircii.k. - Souvent sa rnlic tninii' a ii'laidi' iiic^ iilai-^ii-, l'iinl'KBCK.

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