‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 125 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

qu'elles nous en haïssent, et s'accordent à nosfre inipoitunité d'une force forcée. J.a beauté, toute puissante qu'elle est, n'a pas de quoy se (;iire savourei-, sans cette entremise

Si Montaigne ne se tionipe pas , la leinnie a tout avantag^e à être coquette, et rien , à vrai dire, ne lui est plus facile. Voilà donc un charmant défaut devenu presque une qualité nécessaire. Le moraliste n'est peut-être pas ici parfaitement d'accord avec l'homme du monde, qui observe finement et dépeint à merveille l'irrésistible pouvoir de la coquetterie.

Passant à une question ])lus grave, Montaigne se montre partisan du divorce, que l'on sait avoir été en usage à Rome. Le propose-t-il comme un moven d'arriver h aimer sa femme? C'est du moins ce qu'il raconte du grand Caton , qui, dégoûté de sa femme Marcia, tant qu'elle feut sienne, se prit à la désirer quand elle fut îi un autre.

Nous avons pensé attacher plus feruie le nœud de nos mariages, pour avoir osté tout moyen de les dissouldre; mais d'autant s'est desprins et relasché le nœud de la volonté et de l'affection, que celuy de la contraincte s'est estrecy : et, au rebours, ce qui teint les mariages, à Rome, si long temps en honneur et en seureté, feut la liberté de les rompre qui vouldroit; ils gardoient mieulx leurs femmes, d'autant qu'ils les pou\ oient pejdre; et.

en pleine licence de divoices, il se passa cinq cents an>, et pins, avant que nul s'en servist.

Les deux dernières pages de ce cliupitre méritent d'avoir place parmi les plus belles des Essais. Je vais les citer presque entièrement. C'est un admirable tableau de ces temps de guerre civile peint par un maitre, et dans lequel la figure de Montaigne est grande et belle et son attitude pleine de noblesse. Tout ce morceau est un cbel-d'ceuvre.

A l'adventurc sert, entie aulties moyens, l'aysance, à couvrir ina maison de la violence de nos jjuerres civiles; la deffense attiie l'enlieprinse; et la desfiance, Toffense. l'ay affoiljly le desseing des soldats, ostant à leur exploict le hazard, et toute matière de ffloire militaire, qui a a( coustumé de leur servir de tiltre et d'excuse : ce qui est faict courageusement, est tousiours faict honorablement, en temps où la iustice est morte. le leur rends la conqueste de ma maison lasclie et traistresse : elle nest close à personne qui y heurte; il n'y a pour toute prouvision qu'un portier, d'ancien usajje et cerimonie, qui ne sert pas tant à deffendre ma porte, qu'à l'offrir plus décemment et gracieusement; ie n'ay ny garde ny sentinelle que celle que les astres font pour irioy. Un gentilhomme a tort de faire montre d'estre en deffense, s'il ne l'est parfaictement. Qui est ouvert d'un costé , l'est par tout : nos pères ne pensèrent pas à bastir des places frontières. Les moyens d'assaillir, ie dis sans batterie et sans armée, et de surprendre nos maisons, croissent touts les

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