‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 126 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

ionrs au dessus des moyens de se garder; les esprits s'aiguisent généralement de ce costé là : l'invasion touche touts; la deffense non, que les riches, La mienne estoit forte selon le temps qu'elle feut faicte; ie n'y ai rien adiousté de ce costé là, et craindrois que sa force se tournast contre nioy mesme; ioinct qu'un temps paisible requerra qu'on les desfortifie. Il est dangereux de ne les pouvoir regaigner, et est difficile de s'en asseurer : car en matière de guerres intestines, vostre valet peult estre du party que vous craignez; et où la religion sert de prétexte, les parentez mesmes deviennent infiables avecques couverture de iustice.

Ce que tant de maisons gardées se sont perdues, où

cette cv dure, me faict souspeçonner qu'elles se sont perdues de ce qu'elles estoient (fardées; cela donne et l'envie et la raison à l'assaillant : toute garde porte visage de guerre. Qui se iectera, si Dieu veult, chez moy; mais tant v a, que ie ne l'y appellerav pas : c'est la retraicte à me reposer des guerres, l'essaye de soustraire ce coing à la tempeste publique, comme ie fois un aultre coing en mon ame. >iostre guerre a beau changer de formes, se multiplier et diversifier en nouveaux partis : pour moy ie ne bouge. Entre tant de maisons armées, moy seul, que ie sçache, en France, de ma condition, ay fié purement au ciel la protection de la mienne; et n'en ay iamais osté ni vaisselle d'argent, ny tiltre, nv tapisserie. le ne veulx ny me craindre, ny me sauver à demy. Si une pleine recognoissance acquiert la faveur divine, elle me durera iusqu'au bout ; sinon, i'ay tousiours assez duré pour rendre ma durée remarquable et enregistrable. Comment? il y a bien trente ans.

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