LIVRE SECOND
avons appiiiis aux tlaïues (1(> roujfir, oyants seulement
noiiiiner ce ({u'elles ne craignent aulcuneuient à laiie
la cerimonie nous clefFend d'exprimer, par paroles, les choses liciles et naturelles, et nous l'en croyons; la raison nous (leffend de n'en faire |)oint (Tillicites et mauvaises, et personne ne l'en croit. le me tienve icy empestré ez loix de la cerimonie; car elle ne permet, ny qu'on parle bien de soy, ny qu'on en paile mal : nous la lairrons là pour ce coup.
Un peu ])lu.s loin Montaigne plaisante sj)irituellement sur la vanité des auteuis :
Ce que ie treuve excusable du mien, ce n'est pas de soy et à la vérité, mais c'est à la comparaison d'aultres choses pires, ausquelles ie veois qu'on donne crédit, le suis envieux du bonheur de ceulx qui se sçavent resiouïr et gratifier en leur ouvrage; car c'est un moyen aysé de se donner du plaisir, puisqu'on le tire de soy niesnie, spécialement s'il y a un peu de fermeté en leur opiniastrise. le sçais un poëte à qui, fort et foible, en foule el en chambre, et le ciel et la terre crient qu'il n'y entend gueres : il n'en ral)bal [miw tout cela rien de la mesure à quoy il s'est taillé; tousiours recommence, tousiours reconsulle, et tousiours persiste, d'autant plus fort en son advis, et plus roide, (|u'il touche à luy seul de le maintenir.
N'est-ce pas charmant? Clitandre ne parle pas
mieux de M. Trissotin. Écoutez Molière après Mon-
taigne. C'est le même livre, le livre du cœur humain ; c'est à peine tourner la pa{)e :
Oui, vous avez raison; mais monsieur Trissotin
Minspiie au fond de râmc un dominant chafjrin.
Je ne puis consentir, pour j;a{jner ses suffrages,
A me deshonorer en prisaiU ses ouvrages;
C'est par eux qu'à mes yeux il a d'abord paru.
Et je le connoissois avant de l'avoir vu.
Je vis, dans le fatras des écrits qu'il nous donne,
Ce qu'étale en tous lieux sa pédante personne,
La constante hauteur de sa présomption,
Cette intrépidité de bonne opinion,
Cet indolent étal de conriance extrême
Qui le rend en tout temps si »!ontent de soi-même,
Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit.
Qu'il se sait si l)on gré de tout ce qu'il écrit.
Et qu'il ne voudrait pas changer sa renommée
Contie tous les h()nn<'urs d'un général d'armée.
Voilà deux excellents portraits du poëte vaniteux, tous deux très-ressemblants , et certes, on peut dire, à l'honneur de INIolièiX' , «pie le second n'est pas le moins du monde la copie du premier.
^- Il n'est plus question de la présomption dans le reste de ce chapitre. Montai{;ne nous y parle de lui et ne se flatte pas, tant s'en faut. On p<jurrait même remarquer <ju"il se méconnaît à plaisir. Il semble examiner à la loupe son intelligence d'une valeur