‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 131 sur 250 · VUE SECOND. 2'i · texte numérisé non relu

VUE SECOND. 2'i

tout exceptionnelle, et il le sinait bien, poui' en relever les défectuosités, les laiblesses et les contradictions (]ni tiennent à l'essence même de la nature liiiniaine, et (|ue tous, dans une proportion plus ou moinsforte, nous portons avec nous comme l'empreinte de notre condition terrestre. l'.videmment Montai{|ne se traite avec trop de sévérité. Il a ])aifois, dans les Essais, de ces moments d'humeur chajjrine où il voit tout en noir, et, sans s'épargner lui-même, nous fait en vérité pires que nous ne sommes. C'est un peu cet esprit misanthropi(jue que la Rochefoucauld, un siècle })lus tard, porta encore beaucoup plus loin dans son livre des Maximes. Mais il y a danger à trop mal parler de soi. La franchise est bien vite suspectée, et c'est tout au plus si, poiu' ne pas être impoli, on vous croit à moiti('ï.

Ainsi, Montaigne qui observait tiop profondément pour ne pas avoir, par comparaison, le sentiment de sa supériorité, ne saurait être le bienvenu à dire qu'il se tient de la commune sorte, que tout est grossier dans son esprit, et que sa façon n'ayde rien à la matière, que son parler est informe et sans règle , enfin qu'il ne sait pas plaire, et que le meilleur conte du monde se sèche entre ses mains et se ternit. C'est précisément tout le contraire , et l'on est hien forcé, pour cette fois, d'être en complet désaccord avec lui.

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Pnr ox(Mnj)l(^ il a raison, il est dans la vérité quand il (lit: // n'est iaindis jHn-l)' (jin-hinc chose de luoy <nii me ciiiilenldst ; et I (ijiprohdlidu (laiillni) ne nie jm)e pas. Tons les esprits supérieurs en sont \i\. Pour aller loin, très-loin dans les arts , dans les lettres, il faut voir encore bien au delà et n'être jamais comj)léteinent satisfait. Ou ne peut être un (jrand artiste, un (jrand écrivain qu'à cette condition. Cet au delà, c'est l'étoile (jui hrille dans le ciel de l'idéal et qui

uu'i^e le ^|('nie.

IMontai(jne fiiit, à propos de son style, une observation vraie, mais (jue je ne re^jarde ])as comme une critique fondc'e des Essais :

!^Ton lan{;a};{' (Vaiicois est altéré, et cii la proiioiiciatioii, et ailleurs, par la barbarie de iiioii cicii.

Il est vrai que la langue de Montaigne était arriérée au temps même ou il écri\ait. Son ami EstiennePas- (piier le lui reprocbait , en causant avec lui dans la cour du cbàteau de Blois, pendant la tenue des Etats. Je demande ce (|ue cette lanjjue inimitable aurait {ja.'jiié à se conformer davanta{;e aux règles {ji'ammaticales observées par ses contemporains. Elle est bien autrement arriérée aujourd'bui , et cependant son originalité, ses jjiVices naïves, sa jmissance de relief,

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