LIVRE SECOND. S9l
tunie, tué d'un coup de pistolet par Ballbazar Gérard, dans sa maison, à Delft, en Hollande; c'est François de Lorraine, deuxième duc de Guise, assassiné par un gentilhomme protestant; c'est le comte Raymond de Tripoli tué dans sa ville natale, en 1151, et le marquis de Montferrat, à Tyr, en 11 92.
Je citerai seulement le remarquable récit de la mort de la femme indieujie :
Le mary estant trespassé, la veufve peult, si elle
veult (mais peu le veulent), demander deux ou trois mois d'espace à disposer de ses affaires. Le iour venu, elle monte à cheval, parée comme à nopces, et d'une contenance yaye, va, dict elle, dormir avecques son cspoux, tenant en sa main gauche nu mirouer, une flesche en l'aultie : s' estant ainsi promenée en pompe, accompai- {;nce de ses amis et parents et de grand peuple en feste, elle est tantost leiidue au lieu publirque destiné à tels spectacles : c'est une grande place, au milieu de laquelle il y a une fosse pleine de ];ois; et ioignant icelle, un lieu relevé de quatre ou cinq marches, sur lequel elle est conduictc, et servie d'ini ma{;nifique repas; aprez lequel, elle se met ù baller et à chanter, et ordonne, quand bon luy semble, qu'on alhime le feu. Cela faict, elle descend, et, prenant par la main le pbis proche des parents de son mary, ils vont ensemble a la rivière voisine, où elle se despouille toute nue, et distribue ses ioyaux et vestements à ses amis, et se va plongeant dans l'eau, comme pour v laver ses péchez : sortant de là, elle s'enveloppe d'un linge iaune de quatorze brasses de long; et, donnant derechef la main à ce parent de son mary, s'en revont
Z92 ÉTUDE SUR LES ESSAIS DE .MOIN ï A I G.N E.
sur la moite, où elle parle an peuple, et recomnientle ses enfants, si elle en a. Eiilre la fosse et la motte, on tire ^olonlie^s un rideau, pour leur osier la veue de cette fornaise aidenle, ee qu'aulcunes delfeudent, pour tesmoienci' plus de courage, l'iiiv rpTelle a de dire», une femme luv présente un \ase plein d'Iiuile à s'oindre la teste (i loul le corps, lecpiel elle iecli' dans le feu (piand elle en a 1 lict, et en Tinslant s'y lance elle nu'sme. Sur riieure, le peuple ren\erse sur elle (jnantité de busclies pour remp(>sclier de lauffuir; et se cliaiiye toute leur ioye en ilueil et tristesse.
CIIAPITIU: XXX.
d'un KMWNT MO.\.SÏlilEL X.
Moiitaijjiie lait ici iiiio assez longue description d'un enfant h deux corps avec une seule tête que l'on montrait pour (|uelques sous. Il parle etisuite d'un phénomène non moins ëtran{|e qu'il a vu en Médoc, et se livre sur ce sujet à des réflexions élevées, mais qui ajjparticnnent au sentiment reli[jieux plus qu'au raisonnement :
Ce cpie nous appelions monstres ne le sont pas à Dieu, qui veoid en l'innuensité de sou ouvra[;e l'infinité des formes qu'il y a comprinses : et est à croire que cette figure qui nous eslonne se rapporte et tient à quelque