‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 171 sur 250 · LIVRE SFXOND · texte numérisé non relu

LIVRE SFXOND

(desquelles le nombre est infinv), prodiiict en nous de bon et de salutaire, c'est le privilège de la médecine de se l'attribuer; toiils les heureux succez qui arrivent an patient qui est sous son régime, c'est d'elle qu'il les tient; les occasions qui m'ont guary moy, et qui guarissent mille aultres qui n'appellent point les médecins à leur secours, ils les usurpent en leurs subiects : et quant aux mauvais accidents, Ou ils les desadvouent tout à faict, en attribuant la coulpe au patient, par des raisons si vaines, qu'ils n'ont garde de faillir d'en treuver tousiours assez bon nombre de telles : « Il a descouvert son bras, il a

oui le bruit d'un coche , on a entr'ouvert sa fenestre;

il s'est couché sur le costé gauche, ou il a passé par sa teste quelque pensement pénible; » somme, une parole, un songe, une œuillade leur semble suffisante excuse pour se descharger de faulte : Ou, s'il leur plaist, ils se servent encores de cet empirement et en font leurs affaires, par cet aultre moyen qui ne leur peult iainais faillir : c'est de nous payer, lorsque la maladie se treuve reschauffee par leurs applications, de l'asseurance qu'ils nous donnent qu'elle seroit bien aultrement empiree sans leurs remèdes; celuy qu'ils ont iccté d'un morfondement en une fiebvre quotidienne, il eust eu, sans eulx, la continue

Aesope, aucteur de Ircsrare excelle nce , conte qu'un

malade estant interrogé par son médecin quelle opération il sentoit des médicaments qu'il luy avoit donnez : a l'av fort sué, !) respondit il; « Cela est bon! » dict le médecin. Une aultre fois il luy denianda encores connue il s'estoit porté depuis : " l'ay eu un froid extrême, feit il, et si ay for! tremblé. » " Cela est bon! » suyvit le me-

tleciu. A la troisicsnie fois, il liiy demanda dei'echef comment il se portoit : i< le me sens, dict il, enfler et bouffir comme d'iiydropisie : » « Yoylà qui va bien ! » adiousta le médecin. L'un de ses domesti(|ues venant, aprez, à s'enquérir à luy de son estai : " Certes, mon amy, respond il, à force de bien estre, ie me meins. "

Un médecin vantoit à ÎNicocles son art estre de grande auctorité : «Viavement c'est mon', dict Nicocles, qui peult impmiement tuer tant de gents. »

Au demoui'ant, si i'eusse esté de leur conseil, l'eusse rendu ma discipline plus sacrée et mystérieuse : ils avoient assez bien comuiencé; mais ils n'ont pas achevé de mesme. (i'esloit un bon commencement, daxoir faict des dieux e( des daimons aucteurs de leur science, d'avoii-

prius un lan{;a;;e à part, une escriture à part G'estoil

une bonne re;;le en leur art, et (pii accoaq)ai{;ne toutes les arts fantasli(|ues, \aines et supernaturelles. Qu'il fault (|ue la fov du patient préoccupe, par bonne espérance et asseurance, leur effect et opération : kujuelle refile ils tiennent ius(jues là, (jue le plus ij^fuorant et {ifrossier médecin, ils le treuvent plus propre à celuy <|ui a fiance en luv, que le })lus expérimenté et incoyiieu. Le chois mesme de la pluspart de leius dio|;ues est aulcunement mvsterieux et di\iu : Le pied jjauclie d'mie tortue. L'urine d'un lézard, La fiente d'un «dépliant. Le foye d'une taulpe. Du saup- tiré soubs l'aile droicte d'un pi,<;eon blanc : et pour nous aulties clioliqueux (tant ils abusent desdaijjneusement de nostre misère), des crottes de rat pulvérisées, et telles autres sinjjCiies qui ont plus le vi-

' Viniriiciit oui.

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