‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 173 sur 250 · SGANARELLE · texte numérisé non relu

SGANARELLE

C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez?,...

Dans l'Amour médecin, il est évident que Molière a imité ^lontaigne, quand M. Filerin adresse à ses confrères de rudes reproches en langage admirable de raison et d'accent comique. Le rapprochement avec Montaigne ne me paraît pas contestable.

MONSIEUB FILERIN, à ses confrères Tomes et Desfonandrès.

N'avez-vous point de honte, messieurs, de montrer si peu de prudence, pour des gens de votre âge, et de vous être querellés comme de jeunes étourdis? Ne vovez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font parmi le monde? Et n'est-ce pas assez que les savants voyent les contrariétés et les dissensions qui sont entre nos auteurs et nos anciens maîtres, sans découvrir encore au peuple, par nos débats et nos querelles, la forfanterie de notre

ail? Pour moi, je no coinpri'iids rien du tout à ccHc mcrlianti' politique de quelques-uns de nos gens ; et il faut eonfesser que toutes ces contestations nous ont décriés depuis peu d'une étrange manière, et que, si nous n'y prenons garde, nous allons nous ruiner nous-mêmes. Je n'en parle pas pour mon intérêt, car, Dieu merci, j'ai déjà établi nuvs petites afiaires. Ou'il ventc^ , qu'il pleuve, qu'il grêle, ceux qui sont morts sont morts, et j'ai de quoi me passer des vivants. Mais enfin toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. Puisque le ciel nous fait la grâce que depuis tant de siècles on demeure infatué de nous, ne désabusons pas les li(jmmes avec nos cabales extravagantes, et profitons de bnir sottise le plus doucement que nous pourrons. Nous ne sommes pas les seuls, comme vous savez, qui tâchons à nous prévaloir de la foiblesse humaine. C'est là que va l'étude de la plupart du monde; et chacun s'efforc(> de prendre les hommes

par leui' foible pour en tiicr quelque profit IMais le

plus grand foible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie; cl nous en profitons, nous autres, par notre pompeux galimatias, et savons prendre nos avantages de cetle vénération que la peur de mourir leur donne pour notre métier. Conservons-nous donc dans le degré d'estime où leur foiblesse nous a mis, et soyons de concert auprès des malades pour nous attribuer les heureux succès de la maladie, et rejeter sur la nature toutes les bévues de notre ait. >i'aIlons point, dis-je, détruire sottement les heureuses préventions d'une erreur qui donne du pain à tant de personnes, et, de l'argent de ceux que nous mettons en terre, nous fait élever de tons côtés de si beaux héritages.

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