LIVRE TROISIEME
vieillissant ne sentent l'aigre et le moisi. L'honinie marche entier vers son croist et vers son decroist Quelles
métamorphoses liiy ' veois ie faire touts les iours en plusieurs de mes cognoissants ! C'est une puissante maladie, et qui se coule naturellement et imperceptiblement : il y faulf grande provision d'estude, et grande précaution, pour éviter les imperfections qu'elle nous charge, ou au moins affoiblir leur progrez. le sens que, nonobstant touts mes retrenchements, elle gaigne pied à pied sur moy : ie soubtiens tant que ie puis; mais ie ne sçais enfin où elle me mènera moy mesme. A toutes advenfures, ie suis content qu'on sache d'où ie serav tumbé.
Voilà comme chaque jour, avec quelques coups de pinceau, h la fois d'une finesse extrême et d'un relief saisissant, Montai{jne continuait à faire im chefd'œuvre de son propre portrait. Non pas que sa fi(jiu'e soit parfaitement belle : il ne la voulait pas ainsi, tant s'en faut! mais elle est vraie et splendidement mise en lumière. Montaigne est un grand peintre, un coloriste admirable, et, je l'ai dit déjà, je ne puis mieux le comparer qu'à Rembrandt , le maître qui, dans ses tableaux, dans la Leçon d'aualomie, par exemple, a porté le plus loin l'expression de l'intelligence humaine.
' A la vieillesse.