‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 185 sur 250 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

DE mois CO-MMEIiCES.

Le mot commerce est employé ici dans le sens de compa(][nie, société. Les trois commerces dont parle INIontaifjne sont le commerce des hommes, celui des femmes et celui des livres, c'est-à-dire l'amitié, l'amour et l'étude, Mais, selon son habitude, il ne se hâte pas d'entrer dans son sujet. Les chapitres des Essais ressemblent à ces conversations ou , se réunissant pour traiter une question , l'on passe la première demi -heure à parler de toute autre chose. Qu'importe après tout? Le plus souvent ce qu'il y a de meilleiu' dans une causerie, c'est ce qui s'improvise sans suite aucune, sans sujet déterminé, delà façon la plus imprévue, mais avec des clartés scintillantes, instantanées, comme des jets d'étincelles. Seulement ces causeries-là ne courent pas les rues, ni même les cercles et les salons, et, pour ne pas médire du temps présent, j'ajoute qu'elles ont toujours été rares et qu'elles le seront toujours.

Voici le début du chapitre IIL Le conseil est

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bon; mais il n'est pas permis à tout le monde de le suivre.

Il ne fault pas se clouer si fort à ses humeurs et complexions : noslre principale suffisance, c'est sçavoir s'appliquer à divers usages. C'est estre, mais ce n'est pas vivre, que se tenir altaclié et obli(jé par nécessité à un seul Irain : les plus belles âmes sont celles qui ont plus de variété et de souplesse. Voylà un honorable tesmoignage du vieux Caton : Huic versatile ingenium sic parité?ad omnia fuit, ut natutn ad id uiiuni diceres, quodcumque ageret *.

Le vieux Caton , Caton l'Ancien , Caton le Censeur, pouvait avoir mille qualités, je n'ai aucune raison pour le contester; mais il avait aussi quelques petits défauts. Sa sévérité excessive était ridicule. Par exemple , il fit revivre une loi qui défendait aux femmes de porter des vêtements de diverses couleurs et de faire emploi de plus d'une demi-once d'or pour leurs bijoux. Les femmes jetèrent les hauts cris, et la loi fut vite rapportée. De plus, il se grisait bel et bien. Enfin je le trouve passablement ennuyeux de finir tous ses discours par son éternel Delenda est Carthago. De notre temps nous avons eu un député, j'ai oulilié son nom, qui, à l'imitation de Caton l'An-

1 II avait l'esprit si flexible et si propre à tout, que quelque chose qu'il fît, on aurait dit qu'il était uniquement né pour cela. Tite-

LlVE.

cien , terminait ainsi , chaque fois qu'il montait à la tribune : « Je vote contre la loi et pour la liberté illi- » mitée de la presse. " Je crois que j'aime encore mieux le De/enda est Ca7^t/iar/o.

Deux papes plus loin, Montai(jne nous dit que peu d'entretiens l'arrêtent. Il n'y prête le plus souvent que Vesco7xe de son attention. L'expression est heureuse, ne trouvez-vous pas?

Il iii'ad vient souvent, en ti'lle sorte de propos ab-

battiis et lasches, propos de coniciiance, de dire et respoudre des sonj^es et bostises, indignes d'un enfant et ridicules, ou de ine tenir obstiné en sib'nce, pbis ineptement cncores et incivilenicnt. l'ay une façon resveuse qui me retire à nioy, et, d'aultre part, une lounle ignorance et puérile cb^ plusieurs choses counuunes : par ces deux qualifez, i'ay gagné (pi'on puisse faire, au vray, cinq on six contes de nioy, aussi niais que d'aultre, quel qu'il soit.

Les moins tendues ei plus naturelles allures de

nostre ame sont les plus belles; les meilleures occupations, les moins efforcées. Mon Dieu, (pie la sagesse faict un bon office à ceulx de qui elle renge les désirs à leur puissance! il n'est point de plus utile science : « Selon qu'on peult, » c'esloit le refrain et le mot favory de Socratcs; mot de grande substance. Il fault adresser et arrester nos désirs aux choses les plus aysees et voysines. Ne m'est ce pas une sotte humeur, de disconvenir avccques un millier

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