LIVRE TROISIÈME. 3G
Il raconte avec grâce la diversion dont se servit Hip[)omone pour vaincre Atalante dans la lutte à la course.
Atalante, fille de beauté excellente et de merveilleuse disposition, pour se desfaire de la presse de mille poursuivants qui la demandoient en mariage, leur donna cette loy, « qu'elle accepteroit celuy qui l'ejjualcroit à la course, pourveii que ceulx qui y fauldroient (!n perdissent la vie. » 11 s'en trouva assez qui estimèrent ce prix di(,me d'un tel liazard, et qui encoururent la peine de ce cruel marché. Ilippomenes, avant à faire son essay aprez les aultres, s'adressa à la déesse tutrice de cette amoureuse ardeur, l'appellant à son secours; qui, exauceant sa prière, le fournit de trois pommes d'or, et de leur usa^e. Le champ de la course ouvert, à mcsui'e qu'Hippomenes sent sa maistresse luy presser les talons, il laisse eschapper, comme par inadvertance, l'une de ces pommes; la fille, amusée de sa beauté, ne fault point de se destourner pour l'amasser :
Obstupuit virgo, nitidiquc cupidine pomi Déclinât cursus, aurumqiie vuliihile tollitl.
Autant en feit il, à son poinct, et de la seconde et de la tierce : iusques à ce que, par ce fourvoyement et divertissement, l'advantage de la course luy demeura.
A la 'page suivante, autre exemple de diversion d'un genre tout différent :
' La jeune tille, étonnée, se délouiue de sa course dans l'espow de s'emparer du fruit brillant, et elle ramasse l'or qui roule. Ovide.
362 ETUDE SUR LES ESSAIS DE MONT Al GiN E.
Ces pauvres gents qu'on veoid , sur Feschaffaud , remplis d'une ardente dévotion , v occupants touts leurs sens autant qu'ils peuvent, les aureilles aux instructions qu'on leur donne, les yeulx et les mains tendues au ciel, la \oix à des prières liault(\s, avecques une eniolion asprc et continuelle, font, cei tes , cliose louable et convenable à une telle nécessité : on les doibl louer de reli(jion, mais non proprement de constance; ils fuyent la luicte, ils destournent de la mort leur considération, connue on anuise les enfants pendant qu'on leur veult donner le coup de lancette.
J'ai peu de citations a laite de ce chapitre , et je m'en tiens au récit suivant , très-court et très- (•nergiqtie :
Celuy qui meiirl en la nieslee, les armes a la main, il n'estudie pas lors la mori, il ne la sent, ny ne la considère; l'ardeurdu combat l'emporte. Unhonneste liommede ma cognoissance estant tuudié, coinme il se battoit en estacade, et se sentant damner à terre j)arson ennemi de neuf ou dix coups, cliascun des assistants luy crioit qu'il pensas! à sa conscience; mais il me dict depuis, qu'encores que ces voix luy veinssent aux aureilles, elles ne l'avoient aulcunemenl loncbé, et qu'il ne pensa iamais qu'a se descliarjjer et à se venger : il tua sou lioiume en ce mesme coml)at