‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 192 sur 250 · SUR DES VERS DE VIRGILE · texte numérisé non relu

SUR DES VERS DE VIRGILE

Je ne suivrai pas MoUai^no par tout ce chapitre, qui a près de cent pages, dont un bon nombre sont écrites trop librement. Les choses les plus crues y sont appelées par leur nom, et, bien qu'au seizième siècle notre langue se donnât, sans le plus léger scrupule, des franchises qu'elle ne se permettrait pas aujourd'hui, il n'en est pas moins vrai que Montaigne est tombé dans une grave erreur en prétendant qu'il ne fout pas exclure les crudités des propos sérieux et réglez. C'est tout à foit le contraire. Il n'y a que le rire et la poésie qui puissent faire accepter^, non sans quelque résistance d'un grand nombre d'esprits déhcats, la licence du langage. Rabelais donne par trop dans l'obscénité. Mais sa gaieté et sa verve endiablée amusent. On blâme foiblement la Fontaine, en lisant ses contes pleins de grâce et de charme poétique. Voltaire, en nous racontant l'histoire de Candide, voudrait bien être gai; sa gaieté est un peu triste, un peu araère, comme le sourire que nous voyons sur ses portraits. Mais il a tant d'esprit' \ la bonne heure! Et je lis très-volontiers Rabelais,

la Fontaine ctVoltaire, tandis que Montaigne, sérieux, chaffiin même, se servant des mots les plus (jros, Taisant à froid des citations latines que la bienséance ne permet [)as de traduire, me semble peu excusable, et en quehpie sorte entêté d'une idée paradoxale qui aurait nui à ses Ess'u's si elle s'était montrée, à beaucoup d'endroits, en pareil déshabillé que dans le chapitre V du li\ re III.

Pourtant, après avoir bien nettement dit mon avis, je jie j)uis m'abstenir de citer quelques passages plus ou moins scabreux. Car enhn le but de cette étude est de présenter Montaigne tel «piil est, avec ses merveilleuses <puilités , mais aussi avec ses petits défauts, ses teiulances un jxni païennes et complètement dépourvues de chasteté.

Je remarque que dans plusieurs éditions des citations d'Horace, de Catulle et de iNIartial sont restées sans traduction , par respect pour les mœurs. Il y en a aussi de saint Augustin et de saint Jérôme. En conscience, celle de saint Augustin est intraduisible. Quant à celle de saint Jérôme, quoique un peu forte, je la risquerai.

A la troisième })age, Montaigne s'exprime ainsi sur les jeunes années perdues :

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