‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 194 sur 250 · LIVRE TROISIEME. 3fi · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. 3fi

alors comme à présent, comme cela sera toujours. Seulement on exagère le nombre des mauvais. Le plus souvent le bon sens fait passables ceux où manque l'affection.

le ne veois point de mariages qui faillent plustost et se troublent, que ceulx qui s'acheminent par la beauté et désirs amoureux : il y fouit des fondements plus solides et plus constauts, et y marcher d'aguet; cette bouillaiile alaigresse n'y vault rien

Un bon mariage, s'il en est, refuse la coinpaigiiie et conditions de l'amour : il tasche à représenter celles de l'amitié. C'est une doulce société de vie, pleine de constance, de fiance, et d'un nombre infiny d'utiles et solides offices, et obligations mutuelles. Àulciuie femme qui eu savoure le goust,

Optato (jiiam innxit luuiine t;ccl;i ',

ne vouldroit tenir lieu de maistresse à sou mary : si elle est logée en sou affection comme feuune, elle y est bien plus honuorablement et seurement logée

ment. Aussitôt Vulcain sent renaître son ardeur accoutumée; un feu qu'il connaît le pénètre, et court jusque dans la moelle de ses os. Ainsi un éclair brille dans la nuée fendue par le tonnerre et parcourt de ses rubans de feu les nuages épars dans la région de l'an-... Enfin il donne à son épouse les enibrassements qu'elle attend, et, couché sur son sein, il s'abandonne tout entier aux; cbarines d'un paisible sommeil. Virgile, Enéide, 1. VIII.) (Traduction de Rernardin de Saint-Pierre.)

1 Unie à celui qu'elle aimait. Catulle.

:i70 ETUDE SUR LES ESSAIS DE MO^^TAIGi^E.

Continuant à parler de l'amour et du mariage, Montaifjne dit que ce sont fins différentes :

Le mariage a, pour sa pari, riitililé, la iustice, riioiineui-, et la constance; un plaisir ])lal, juais plus luiiversel : Ij'auiour se fonde au seul plaisir, et l'a, Je vi-ay, plus cliaslouillcux, plus \il. et plus ai{;u; un plaisir attizr par la difiiculti' ; il \ faull de la pictpieure et de la cuisson : ce n'est plus amour, s'il est sans llecbes et sans feu. La libéralité des dames est liop profuse au mariage, et esmousse la poincte de l'affection et du désir : pour fuyr à cet inconvénient, veoyez la peine qu'y pxennent en leuis loix Lycurgus et Platon.

On sait que les lois de Lycurgne rendaient difficiles aux jeunes mariés les occasions de se voir, afin de les empêcher de se blaser [)ar l'habitude. Ouant à Platon, qui, j)ar paienthèse, ne voulait dans sa républi(pu' ni du maria[je ni de la famille, si Montaigne, en le citant, a voulu désigner ce que nous appelons l'amour platonique, je le crois peu de mise dans un ménafje. Ce serait passer d'un excès à l'autre, et si la fennne donnait une préférence troj) marquée à l'amour pur et dé(]a{jé des sens, le mari irait bien vite chercher foilune ailleurs.

Les femmes n'ont pas lort, selon Montaijpie, de refuser les conditions de vivre que nous leur avons faites. Ainsi il n'y a pas de |)assion pins pressante

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