LIVRE TROISIEME
l'ay eu fiiiilte de fortune souvent, mais par fois aussi d'entrepriuse : Dieu (jard' de mal qui penlt encores s'en mocquer. Il y fault en ce siècle plus de témérité, laquelle nos ieunes gents excusenl, sous prétexte de chaleur; mais, si elles y re{jardoient de prez, elles trouveroient qu'elk' vient plustost de mespris. le crai^jnois superstitieusement d'offenser; et i-especte volontiers ce que i'aime : oultre ce, qu'en cette marchandise qui en oste la révérence, en efface le lustre; i'aime qu'on y fasse un peu l'enfant, lici'aintif et le serviteur.
Sur la ^n'andc question de la fidélité des femmes envei's leurs maris, Montaigne se montre assez accommodant, et fait avec raison la belle part aux femmes. Il est constant que dans les accidents de ce genre qui surviennent aux maris, les torts sont presque toujours de leur côté, neuf fois sur dix; et je voudrais pouvoir, sans trop grossir ce volume, présenter les raisons excellentes que donne Montaigne sur ce sujet, qui , bien qu'il ne fasse pas trembler les gouvernements, n'en remue pas moins le monde entier.
Or, confessons que le nœud du ingénient de ce debvoir gist principalement en sa volonté : il v a eu des maris qui ont souffert cet accident, non seulement sans reproche et offense envers leurs femmes, mais avecques singulière obligation et recommendation de leur vertu; telle, qui aimoit mieulx son honneur que sa \ie. Fa prostitué à Tappetit forcené d'un mortel ennemy, pour sauver la vie à son mary, et a faict pour luy ce qu'elle n'eust auculne-
ment faict pour soy. Ce n'est pas icy le lieu d'estendn^ ces exemples; ils sont troj) lianits et trop liches pour estre représentez en ce lustre; ijarilons les à un plus nohle siejfe : mais pour des exemples de lustre plus \ul{;aire, est il pas tonts les ioiirs des femmes entre nous <|ui, pour la seule iililiu'' de leurs m, iris, se presteiit, et par leuiex|)res>e ordonnance et entremise? et aucieinuMiieut l'Iiaulius lArj^ien offiit la sienne au rov lMiili|>])us par ambition; foui ainsi <p;e par civilitc' ce Galha, qui avoit donné à souper à .Mecenas, Acoyant (pie sa femme el lui comlueneeoient à complolter par n'uill;i(les et sijjiies, se laissa couler sur son coussin, represenlaut un liomme a^'jfravé desomii.eil, pour Faire esj)aule à leurs aiiiouis; ce cpTil ad\()ua d'assez bonne {;race; car, sui- ce poiuct, uu valet a\anl piins la liardiesse de porter la main sur les vases (|ui estoi( lit sur la table, il lui cria tout fraiicliemeiit : a Comment, coipilii, \eois lu p;is (pie ie ne dors (]ue poui' ÎNrecenas? »
L'iiisloriette est aniiisante et J)ien racontée.
81 vous êtes jaloux, si vous avez ])eur que votre femme ne vous troni|)e, résistez à la curiosité, au désir d'apprendre. Tenez-vous tranquille , si vous pouvez; il sera toujours l)ien temps de savoir. INTontaij^ne j)arle merveilleusement sur ce sujet, et tous ses mots sont à recueillir et à peser.
La curiosité est \icieuse partout; mais elle est pernicieuse icy : c'est folie de vouloir s'esclaircir d'un mal aiupicl il n'y a point de nn'decine cpii ne l'empire et le