‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 198 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

lengregc; duquel la honte s'augmente et se publie principalement par la ialousie; duquel la vengeance blece plus nos enfants qu'elle ne nous guarit.

Et en effet, les enfants n'ont-ils pas horriblement à souffrir du moindre scandale?

Vous asseichez et mourez à la queste d'une si obscure vérification. Combien piteusement y sont arrivez ceulx de mon temps qui en sont venus à bout!

C'est bien vrai, il n'y a guère de connaissance plus triste à acquérir que celle-là. Pourquoi courir après?

Si l'advertisseur n'y présente quand et quand le remède et son secours, c'est un advertissement iniurieux, et qui mérite mieulx un coup de poignard, que ne faict un desmentir.

Voyez avec quelle énergie Montaigne réprouve ces avertissements officieux qui souvent sont donnés avec une sorte de joie pleine de méchanceté!

On ne se mocque pas moins de celuy qui est en peine d'y prouveoir, que de celuy qui l'ignore. Le charactere de la cornardise est indélébile; à qui il est une fois attaché, il l'est tonsiours : le chastiement l'exprime plus que la faulte. Il faict beau veoir arracher de Tumbre et du doubte nos malheurs privez, pour les trompetter en des eschaffauds tragiques; et malheurs qui ne pincent que par le rapport; car Bonne femme, et Bon mariage, se dict, non de qui l'est, mais duquel on se taist. 11 failli esire

ingénieux à ca iter cette enniiveuse et inutile co{>noissance; et avoient les Romains en coustume, revenants de voya^je, d'envoyer au devant à la maison faire sçavoir leur arrivée

aux femmes, pour ne les surprendre

îMais le monde en parle. le scais cent hounestes hommes cocus, lionnestement et peu indécemment; un galant homme en est plainct, non pas desestimé. Faites que vostre vertu estouffe votre malheur; que les gents de bien en mauldissenl l'occasion; (jue celuy (|ui vous ofFensc treudjle seuleuient à le penser

Que celui (jui l'ous offcitse tremble seulement à le penser! On a fait plus d'un di anie avec cette phi'ase-l;i.

Rien n'est plus terrible dans le maria^je (ju'une lenime jalouse, et elles le sont toutes. Par bonheur, il y a le plus et le moins.

De leur donner mesme conseil à elles, pour les desgousler de la ialousie, ce seroit teiii|)s perdu : leur essence est si conlite en souspeçon, en vanité et en curiosité, que

de les guarir par voye légitime, il ne fault pas l'espen^r

Toulesf(jis, à dire vrav, ie ne sçais si on peidt souffrir d'elles pis que la ialousie : c'est la plus dangereuse de leurs conditions, comme de leurs meiidjres, la teste. Pittacus disoit, n (|ue chascun avoit son default; que le sien estoit la mauvaise teste de sa femme : hors cela, il s'esti-

meroit de tout poinct heureux » Celuy là s'y enten-

doit, ce me sendile, <]ui dict u qu'un bon mariage se dressoit d'une femme aveugle, avecques un marv sourd."

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