‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 202 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

n'ayant sur le cli;iiii|) où les attacher; à cheval, à la fable, an lict; mais plus à cheval, où sont mes pins larges entretiens. l'ay le parler nn peu délicatement ialoux d'attention et de silence; si ie parle de force, qui m'interrompt, m'arrestc. En voyage, la nécessité mesme des theuùns coupe les propos; oultre ce, que ie voyage plus souvent sans compaignic propre à ces entretiens de suitte: par où ie prends toul loisir de m'entretenir moy mesme. Il m'en advient comme de mes songes : en songeant, ie les recommende à ma mémoire (car ie songe volontiers que ie songe); mais, le lendemain, ie nie représente bien leur couleur comme elle estoit, ou gaye, ou triste, ou estiange, mais, quels ils csloient au reste, plus i'ahannc à le trouver, plus ie l'enfonce en l'oubliance. Aussi des discours fortuites qui me tumbent en fantasie, il ne m'en reste en mémoire qu'une vaine image; autant seulement qu'il m'en fault pour me faire ronger et despitcr aprez leur queste, inutilement.

Kn amour, on ne peut que perdre à briisrpier le dénoiiment. Auprès des femmes, faire une cour un peu prolongée, avec des alternatives de crainte et d'espoir, être mille fois heureux de légères faveurs obtenues, se désoler aujourd'hui d'un accueil un peu froid, mais le lendemain être ravi au ciel par un gracieux sourire, ce sont là choses préférables à la possession que le plus souvent la satiété ne tarde pas à suivre. Montaigne dit que les Espagnols et les Italiens traitent bien les affaires d'amour. En effet,

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aujourd'hui encore en Espagne les filles d'honnêtes familles ont des novios qui leur (ont la cour pendant plusieurs années, sont reçus tous les jours, réj)ètent sans cesse et de quatre cents façons différentes qu'ils aiment, ce que notre pauvre laiigue ne permettrait pas à beaucoup près, et finissent par épouser après une longue durée de ces aimables passe-tenij)s, où les regards amoureux, les tendres paroles, les douces pressions de mains ne portent aucune atteinte à la réputation d'une jeune fille. C'est passé dans les mœurs, et jusqu'à ce (pic le mariage ait lieu, les limites ou l'honnêteté s'arrête ne sont jamais franchies.

I. 'amour des Esp;ii(jnols et des Italiens, plus respectueuse et craintifve, plus mineuse et couverte, me jilaist : ie ne sçais qui, anciennement, desiroit le [;osior alloiij^;('' comme le col d'une grue, pour savourcj- plus long temps ce qu'il avalloit : ce souhait est mieulx à piopos en cette volupté viste et precipiteuse , mesuie à telles natures comme est la mienne, qui suis vicieux en soulidainetc. Pour arrester sa fuvte, et Festeadre en préambules, entre eulx tout sert de faveur et de recompense; une œuillade, une inclination, une parole, un sigiu^ Qui se pourroit disner de la fumée du rost, f(Moit il pas une belle espargne? C'est une passion qui mesle, à jjien peu d'essence solide, beaucoup })his de vanité et resverie fiebvreuse : il la fault paver et ser\ ir de mesme. Apprenons aux dames à se (aire \aloir, à s estimer, à nous amuser et à nous piper; nous faisons nostre charge extrême la première, il

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