‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 203 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

y a lousiours de l'impétuosité françoisc : faisant filer leurs faveui'S, et les ostalaut en détail, chascun, iusques à la vieillesse misérable, y treuve quelque bout de lisière, selon son vaillant et sou mérite. Qui u'a iouïssance qu'en la iouïssance, ([ui ne gaigne que du hault poinct, (|ui n'aime la cliasse qu'en la priuse, il ne luy appartient pas de se mesler à nostre eschole : plus il y a de marches et degrez, plus il v a de haulteur et d'honneur au dernier siège; nous nous debvrions plaire d'y estre conduicis, comme il se faict aux palais magnifiques, par divers portiques et passages, longues et plaisantes galleries et plusieurs destours. Cette dispensation reviendroit à nostre commodité; nous y arresterions, et nous y aimerions plus long temps : sans espérance et sans désir, nous n'allons plus rien qui vaille. Nostre maistrise et entière possession leur est infiniement à craindre : depuis qu'elles sont du tout rendues à la mercy de nostre foy et constance, elles sont un peu bien hazardees; ce sont vertus rares et difficiles : soubdain qu'elles sont à nous, nous ne sommes plus à elles;

Postquam ciipid;c mentis satiata fiijido est, Yeiba iiihil nietiiere, iiiliil |)eiiiiria curant '.

Montaigne parle plaisamment d'un usage de son temps auquel on a bien fait de renoncer :

Veovez combien la forme des salutations qui est

particulière à nostre nation, abastardit par sa facilité la grâce des baisers, lesquels Socrales dict estre si puissants

' Dès que nous avons satisfait le caprice de noire passion , nous comptons pour rien les promesses et les serments. Catulle.

ot dangereux à voler nos cœurs. GV'st une desplaisante coustunie, et iniurieuse aux dames, d'avoir à prester leurs lexres à quiconque a trois valets à sa suitte, pour mal

plaisant qu'il soit : et nous mesmes n'y gaignons gue-

rcs; car, comme le monde se veoid party, pour trois belles il nous en fault baiser cinquante laides : et à un estomach tendre, comme sont ceulx de mon aage, un mauvais baiser en surpave un bon.

Je passe plusieurs pages parsemées d'assez nomlireuses crudite's et de citalions latines dilHciles à traduire et qui donnent cent fois raison au vers de IJoileaii :

Le l.itin dans les mots bravo l'honnêteff^.

Et cependant Montaigne dit plus loin qu'il aime la luodestie. C'est possible. Nous anssi , parfois, nous avons des amis (jue nous aimons beaucoup et (|ue nous traitons fort mal.

l'aime la modestie; et n'est par ingénient que i'ay

cboisi cette sorte de parler scandaleux : c'est natiue qui l'a cboisi pour moy. le ne le loue, non plus que toutes formes contraires à l'usage receu ; mais ie l'excuse, et, par circonstances tant générales que particulières, en allège l'accusation.

Vous le voyez, Montaigne se défend faiblement sur ce point. Tient-il même à se défendre? Il est permis d'eu douter. En se servant d'une liberté

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