LIVRE TROISIÈME
excessive de lanfjage, il a suivi sou tempéram(M)l d'esprit, qu'il trouvait bon, quoiqu'il en dise, et auquel il se serait bien {jardé d'oj)poser la moindre résistance.
Qui n'approuvera la conduite que tenait Montaigne avec les femmes, même avec celles qui ne sont dignes d'aucune estime?
C'est contre la forme, mais il est vray pourtant,
que i'ay en mon temps condiiict ce marché, selon que sa nature peult souffrir, aussi consciencieusement qu'aultre marché, et avecques quelque air de iustice; et que ie ne leur ay tesmoiyué de mon affection, que ce que i'en seutois; et leur en ay représenté naïf\ émeut la décadence, la vi(jueur et la naissance, les accez et les remises : on n'y va pas tousiours un train. I'ay esté si esparjjnanf à promettre, que ie pense avoir plus tenu que proiids nv deu : elles y out trouvé de la fidélité, iusques au service de leur inconstance, ie dis inconstance advouee, et par fois multipliée, le n'av iamais rompu avecques elles tant que l'y tenois, ne feust ce que par le bout d'un filet; et, quelques occasions qu'elles m'en ayent donné, n'ay iamais rompu iusques au mes[)ris et à la haine : car telles privautez, lors mesme qu'on les acquiert par les plus honteuses conventions, encores m'obligent elles à quelque bienveuillance. De cholere, et d'impatience un peu indiscrette, sur le poinct de leurs ruses et desfuytes, et de nos contestations, ie leur eu av fiict veoir par fois; car ie suis, de ma complexiou, subiect à des esmotious brusques qui nuisent souvent à mes marchez, quoyqu'elles
soient legieres et comtes. Si elles ont aouIu essayer la liberté de mon iii(;einent, ie ne nie suis pas feinct à leur donner des advis paternels et mordants, et à les pincer où il leur cnisoif. Si ie leur ay laissé à se plaindre de mo\ , c'est plnstost d'y avoir tiouvé un amour, au prix de l'usage moderne, sotlemcnl conscieutieux : i'ay observé ma parole ez choses dei|noy on m'eust ayseeuient dispensé; elles se rend(uent lors par lois avec réputation, et soubs di's capitulations (pTelles souflVoient ayseement eslre faulsces par le vaiiujueur : i'ay i'aict caler, soubs l'interest de leur honneur, le plaisir en son plus jjrand elTort, j)lus cfune fois; et ou la raison me pressoil , les ay armées contre inoy : si qu'elles se conduisoient |)lus seurement et sévèrement pai' mes re^jles, quand elles s'y estoient franchement remises, qu'elles n'eussent faict par les leurs propres
L'amour est une a^jitation esveillee, vifve et (jaie; ie n'en eslois ny troublé ny a('lli[fé, mais l'en estois escliaufh'; et encores altéré : il s'en (ault arrester là; elle n'est nuisible (pi'aux fols
Ce qui reste d'amour et ce qu'on en peut faire (juaud on penche vers les vieilles années est ici merveilleusement décrit :
le n'ay point aultre passion qui me tienne en haleine : ce que l'avarice, l'ambition, les querelles, les procez, font à l'endroit des aultres, qui, comme mov, n'ont point de vacation assignée, l'amour le feioil [dus commodeement ; il me rendroit la vijjilance, la sobrietc', la grâce, le soiny