LIVRE TROISIÈME
truches de merveilleuse grandeur, de manière c/i,'il semblait plus voler que rouler.
Puis, s'inquietant peu de la nécessité d'une transition, il lui suffit de quelques mots pour passera une toute autre question qu'il traite avec la plus entière indépendance d'opinion. Il blâme les rois de faire de grandes dépenses de fêtes et d'appareil de cour, et donne cette bonne raison, que pour les payer ils puisent nécessairement dans la bourse de leurs sujets. Mais, à vrai dire, la cause des rois peut ici se défendre, et, tant qu'il n'y a pas de leur part prodigalité, ce qu'ils dépensent est, sous diverses formes, une restitution de ce qu'ils empruntent. De plus, ne faut-il pas à celui qui occupe la première place des marques distinctives, sensibles et palp'ables, de sa haute position? La raison abstraite ne voit la que puériles vanités, et cependant je connais peu de pays où le pouvoir se prive absolument de parler aux yeux.
L'estrangeté de ces inventions me met en teste cette aultre fantasie : Que c'est une espèce de pusillanimité aux monarques, et un tesmoignage de ne sentir point assez ce qu'ils sont, de travailler à se faire valoir, et paroistrc, par despenses excessifves : ce seroit chose excusable en païs estrangier; mais parmy ses subiects, où il peult tout, il tire de sa dijrnité le plus extrême degré d-honneur ou il puisse arriver Nous avons des contes merveilleux de
la frn^falité tlo nos roys autour de leurs personnes, et en leurs dons; grands roys en crédit, en valeur, et en forlune
La liheralilé niesuie n'est pas Lien (M1 son lustre en main souveraine; les privez y ont plus de droict : car, à le prendre exactement, un rov n'a rien proprement sien, il se doiht sov mesme à aultruv : la iujisdiction ne se donne point en favcni- du iiiridiciant, c'est en faveur du iuridicié; on faict un supérieur, non iamais j)onr son
proufit, ains pour le proufit de l'inférieur parquoy
les gouverneius de l'enfance des princes, qui se picquent à leur imprinu'r cette vertu de lar(;esse, et les preschent de ne scavoir rien refuser, et n'estimer rien si bien employé que ce qu'ils donneront (instruction (juc i'av \eu en mon temps fort eu crédit), ou ils re^jardcul plus à leur pioufit i|u'a celuv de leur maislre, ou ils enicndeiit mal à qui ils j)arleiit. Il est trop aisé (Timprimer la libéralité en celuy (jui a de qnoy v fournir aulaul (ju'il \eult aux despens d'aultruy; et son estimation se ie;;lant, non à la mesure du présent, mais à la mesure des moyens de celuv (Hii l'exerce, elle \ienl à estre vaine en mains si puissantes; ils se treuveul prodi{;ues, avant qu'ils soient libelaux : itourtaut elle est peu tie recomuieiid;! lion, au prix d'aultres vertus rovales, et la seule, comme disoit le tyran Dionvsius, qui se comporte bien avec la tyrannie
mesme Si la libéralité d'un prince est sans disczelion
et sans mesure, ie l'aime mieulx avare.
S'il y a quelque chose qui soit excusable en tels excez, c'est où l'invention et la nouveauté fournit d'admiration, non pas la despense