‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 210 sur 250 · LIVRE TROJSIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROJSIEME

estants battus d'une si continuelle approbation et uniforme

Gominc ou leur cède touts advantaycs d'honneur, aussi conforte Ion et auctorise les defaults et vices qu'ils ont, non seulement par approbation, mais aussi par imitation. Chascun des suyvants d'Alexandre portoit, comme luy, la teste à costé; et les flatteurs de Dionysius s'entreheurtoient en sa présence, poulsoieut et versoient ce qui se rencontroit à leurs pieds, pour dire qu'ils avoient la veue aussi courte que luv

Sous des formes diverses, ces choses-là existent toujours. On ne dit pas plus la vérité aux rois aujourd'hui que du temps de Montaigfiie, et dans les cours l'imitation n'a pas cessé d'être employée comme moyen de flatterie, de même que la sincérité n'a pas cessé d'être d'un usage dangereux. Les exemples qui suivent, quoique très-anciens, donnent un avis bon encore à être écouté par ceux qui sont auprès des rois :

Adrian l'empereur débattant avecques le philosophe

Favoriuus de l'interprétation de quelque mot, Favorinus luy en quita bientost la victoire : ses amis se plaignants à luy : «Vous vous mocquez, feit il; vouldriez vous qu'il ne feust pas plus sçavanf que mov, luy qui commande à trente légions? » Auguste escrivit des vers contre Asinius Pollio; « Et moy, dict Pollio, ie me tais; ce n'est pas sagesse d'escrire à l'envy de celuy qui peult proscrire : '> et avoient raison; car Dionysius, pour ne pouvoir egualer Philoxenus en la poésie, et Platon en discours, en con-

damna l'un aux carrières, et envoya vendre l'aultre esclave en l'isle d'Acj'.iiie.

Page 1