‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 211 sur 250 · DE LART DE GONFEREIÎ · texte numérisé non relu

DE LART DE GONFEREIÎ

Conférer vent dire ici converser. Montaigne y trouve un (jrund charme. C'est vrai, et nous avons à regretter qu'après avoir l)iillé en France d'un si vif éclat, la conversation ne soit plus ce qu'elle a été.

J.e plus fjiictueiix et natuiel exercice de iiostre esprit, c'est, à mon gré, la conférence : i'en treuvc l'usajje plus doulx que d'aulcune aultre action de nostre vie; et c'est la raison pourquoy, si i'eslois asteure forcé de choisir, ie consentirois plustost, ce crois ie, de perdre la veue, que l'ouir ou le parler L'estude des livres, c'est un mouvement languissant et folhle qui n'eschauffe point : là où la conférence ap[)reud, et exerce, en un coup. Si ie confère avecques une ame forte et un rude ioustcur, il me presse les flancs, me picque à gauche et à dextre; ses imaginations eslancent les miennes : la ialousie, la gloire, la contention, me poulsent et rehaulsent au dessus de uioy

mesme Mais comme nostre esprit se fortifie par la

communication des esprits vigoreux et réglez, il ne se peult dire comhien il perd et s'abastardit par le continuel commerce et fréquentation que nous avons avecques les esprits bas et maladifs : il n'est contagion qui s'espande

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