‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 212 sur 250 · LIVRE TnOTSTKME · texte numérisé non relu

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comme celle là ; ie sçais par assez d'expérience combien en vaiilt l'aulne. l'aime à contester et à disconrir; mais c'est avec peu d'hommes, et pour moy : car de servir de spectacle aux grands, et faire à l'envy parade de son esprit et de son caquet, ie treuve que c'est un mestier tresmesseant à un homme d'honneur.

Tout homme peulf dire vcrit;iljlcment ; mais dire ordonneemenl, prudemment, et suffisamment, peu d'hommes le peuvent : par ainsi la faulseté qui vient d'ignorance ne m'offense point; c'est l'ineptie.

Il est bon de se mettre cette phrase en tête, afin de se préparer à la patience, et d'(;vitor toute discussion avec les gens qui parlent de ce qu'ils ne savent pas.

Montaigne fait ici un spirituel portrait de l'homme important, chargé de hautes fonctions, et qui ne peut dire quatre mots de suite, les pins simples du monde, sans qu'ils soient admirés.

Comme en la conférence, la gravité, la robbe, et la

fortune de celuv qui parle, donnent souvent crédit à des propos vains et ineptes : il n'est pas à présumer qu'un monsieur si suivy, si redoubté, n'aye au dedans quelque suffisance aultre que populaire; et qu'un homme à qui on donne tant de commissions et de charges, si desdaigneux et si morj;uant, ne soit plus habile que cet aultre qui le salue de si loing, et que personne n'employé. iSon seulement les mots, mais aussi les grimaces de ces gents

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là, se considèrent et mettent en compte; chascun s'appliquant à y donner quelque belle et solide interprétation. S'ils se rabbaissent à la conférence commune, et qu'on leur présente aultre cbose qu'approbation et révérence, ils vous assomment de l'auctorité de leur expérience; ils ont ouï, ils ont veu, ils ont falct : vous estes accablé d'exemples

J'ai toujours pensé que le hasard joue le principal

lole dans la grande coniéclie humaine, et j'approuve

ce que dit à ce sujet un de nos auteurs contemporains :

« Dans toutes les affaires de ce monde, la raison et

» ht justice n'entrent guère que pour un quart; la

» passion et le hasard se partagent le reste. » C'est

aussi la pensée de Montaigne, et l'on ne saurait

prendre un meilleur guide, puiser à une source plus

fécondevJ'appellerais volontiers les Essais un livre

d'humanité, ^)our nu.' servir d'une expression que

Sainte-Beuve applique au chel-d'œuvre de Michel

Cervantes. Voulez-vous l'opinion de Déranger sur

jMontaigne? Voici ce qu'il écrivait à madame INIarie

de Solms : « Vous avez hien raison d'employer vos

.) soirées à lire Montaigne et Rabelais; je les étudie

» depuis quarante ans, et ils m'apprennent toujours

" (|uelque chose de nouveau. » Mais revenons au

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