‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 218 sur 250 · LIVRE TROISIÈME. VI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. VI

plusieurs maulx. Les guerres civiles ont cel.i de pire cjue les aulfres guerres, de nous moitié chascun en eschauguette en sa propre maison :

Quain miseium, porta vitam muroqiie tueri, Vixque suœ tutiiin viribiis esse do mus ' !

C'est grande extrémité d'estre pressé insques dans son mesnage et repos domestique : Ce malheur me touche plus que nul aultre, pour la condition du lieu où le me tiens, qui est tousiours le premier et le dernier à la batterie de nos troubles, et où la paix n'a iamais son visage entier

C'est là un de ces tableaux affligeants que présente à chaque pas un pavs livré h la guerre civile. Je ne puis lire cette page sans vni profond sentiment de tristesse.

Que dirait Montaigne du Paris d'aujourd'hui , lui qui aimait le Paris de son temps avec passion et le regardait comme l'un des plus beaux ornements du monde? Et cependant il avait vu Rome. Mais Paris a toutes ses tendresses. Les opinions que nous nous formons ne sont-elles pas toujours relatives? Les villes de l'Europe étaient assez laides alors, et Montaigne ne pouvait juger que par comparaison. Ce Paris du seizième siècle, aux rues sales, étroites et tortueuses,

* Qu'il est triste d'avoir besoin d'une porte et d'une muraille pour protéger sa vie, et d'être à peine en sûreté dans sa propre maison ! Ovide.

sans lumières le soir, à la merci des truands et des voleurs de nuit, ce Pai'is si loin alors de prévoir toutes les merveilles qu'il devait offrir un jour à l'admiration des étran(jers, Montaijjue le trouvait superbe de la meilleure foi du monde. Et nous-mêmes, justement fiers de la magnificence actuelle de notre capitale, (jui sait si dans deux on trf)is siècles on ne nous jujjera pas un peu naïfs dans nos èlansd'enthousiasme , et si nous ne serons pas pour les Parisiens de l'avenir ce cpie Montai[;ne est pour nous aujourd'hui? Il est juste d'ajouter cpie cette préférence exclusive pour Paris, il en fait comme une question de sentiment. Il ne se contente ])as d'admirer les monuments; c'est Paris tout entier qu'il aime, son peuple, ses mille aspects, sa vie si diverse, et, il le dit comme s'il y était né, jusqu'à ses rei-rucs et ses taches. L'amour du clocher n'irait [)as plus loin.

le ne \('ulx pas oii])lier cccv, Que le ne ino mutine iamais tant contre la France, que ic ne regarde Paris de Ijoii ù'il : ell(.' a mon Cd'ur de/, mon enfance : et m'en est advenu, comme dos clioses excellentes; plus i'ay veu , depuis, d'aultres villes belles, phis la beauté de cette cy peult et f^aiguc siu' mon affection : ie l'aime par elle mesme, et plus en son estre seul, que rechargée de pompe estrangiere : ie l'aime tendrement, iusques à ses verrues et à ses taches : ie ne suis François fjue par cette grande cité, grande en peuples, grande en félicité de son assiette: mais

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