LIVRE TROISIÈME
surtout grande et incomparable en variété, et diversité de connnoditez; la gloire de la France, et l'un des plus nobles ornements du monde. Dieu en chasse loing nos divisions! Entière et unie, ie la treuve deffendue de toute aultre violence : ie l'advisc, que de touts les partis, le pire sera celuy qui la mettra en discorde; et ne crainds pour elle, qu'elle mesmc; et crainds pour elle, autant certes que pour aultre pièce de cet estât. Tant qu'elle durera, ie n'auray faulte de retraicte où rendre mes abbois; suffisante à me faire perdre le regret de tout aultre retraicte.
Non parce que Socrates l'a dict, mais parce qu'en vérité c'est mon humeur, et à l'adventure non sans quelque excez, i'estime touts les hommes mes compatriotes; et embrasse un Polonois comme un François, postposant cette liaison nationale à l'universelle et commune
Ces sentiments de bienveillance cosmopolite font aujourd'hui de sensibles pro^jrès et sont favorisés par les moyens multiples et rapides dont se servent les peuples pour communiquer entre eux. Pourtant je crois qu'il se passera encore quelque années avant que l'Europe entière ne forme plus qu'une seule nation. Et puis qu'y gagnerions-nous? Comme la paix universelle est une pure chimère et que les hommes éprouveront toujours le besoin de se battre entre eux de temps en temps, les guerres civiles remplaceraient la guerre avec l'étranger. Cela serait encore pire qu'à présent, et cet âge d'or d'un avenir
révé piir nos utopistes politiques ferait regretter le ])assé.
Sans prévoir les choses de si loin, je préfère citei* quelques vers d'une jolie comédie du Théâtre-Français auxquels les idées pli ilantlu'opiques de Montaigne me font penser.
Je leuonce à jamais à la gloire des armes. iMoi, répandre le sang, faire couler des larmes! Tuer de braves gens à (pu je n'eu veux pas! Quand je voudrais courir, forcé d'aller au pas, Attendre à tons moments (péuu boulet iiialhounéte Me prive de ma jambe, on même de ma lète... .
L'honnête garçon qui s'exprime ainsi aurait mieux aimé, à coup sûr, emhrasser un Polonais, ou même un Russe, que de se hafire avec lui.
Les cognoissances toutes ueufves et toutes miennes
me semblent bien valoir ces aultres comuuiucs et fortuites cognoissauces du voysinagc; les amitiez pures de nostre ac(piest emportent ordinairement celles ausquelles la communication du climal, ou du sang,, nous ioigneut
Voici comment voyageait Montaigne; c'est une peinlure des mieux faites de la vie de voyage :
Le voyager me sendde un exercice proufitable :
l'amc y a une continuelle exercitation à remarquer des choses incogneues et nouvelles; et ie ne sçache point meilleure eschole, connue i'ay dict sou\ent, à façonner la