LIVRE TROISIÈME
tilitez , par où elle nous esveille souvent bien vainement
A quoy faire nous allons nous (jendarmant par ces efforts de la science? Re^jardons à terre : les pauvres (yents que nous y veoyons espandus, la teste penchante aproz leur besongne, qui ne sçavent ny Aristote ny Caton, ny exemple ny précepte; de ceulx là tire nature touts les iours des effects de constance et de patience, plus purs el plus roides que ne sont ceulx que nous estudions si curieusement en l'esclîole : combien en veois ie ordinairement qui mescognoissent la pauvreté; combien qui désirent la mort, ou qui la passent sans alarme et sans affliction? Celny là qui fouit mou iardln, il a, ce matin, enterré son père ou son fils. Les noms mcsmc, dequoy ils appellent bïs maladies, en addoulcissent et amollissent l'aspreté : la Phthisie, c'est la toux povir eulx; la Dysenterie, devoyenient d'estomach; un Pleuresis, c'est un morfondement; et, selon qu'ils les nomment doulcement, ils les supportent aussi; elles sont bien griefves, quand elles rompent leur travail ordinaire; ils ne s'allictent que pour mourir. Shuplex nia et aperta virtus in obsctiram et solertem scientidui versa est '.
Je n'ai pas cru nécessaire d'expliquer les mots qui sont dans les Essais et dont on ne se sert plus aujourd'hui. Presque toujours le sens de la phrase met le lecteur à même de les comprentlre , et il ne lui faut qu'un peu d'attention pour surmonter ces légères
1 Cette vertu simple et sincère a été changée en une science subtile et obscure. SÉsÈQUE.
dilficiiltés. Certaines expressions que nous employons maintenant encore, mais dans une autre acception; pourraient embarrasser un peu plus et donner lieu à cpielque confusion. Ainsi, dans la citation qui précède, se targue?- signifie se couvrir d'une large, ou targue, espèce de bouclier dont on se servait au moven âpe.
Montaigne parle ici avec désolation de tous les malbeurs, de toutes les hontes qu'entraîne la guerre civile.
l'escrivois cecy environ le temps (ju'iuie forte chai{»e de nos troubles se croupit plusieurs mois, de tout son poids, droict sur mov : i'avois, d'une part, les ennemis à m;i porte; d'aultre part, les picoreurs, pires ennemis, non ann/'s, sed v'uiis ccrtalur ' ; et essayois toute sorte d'in-
iures militaires à la lois Monstrueuse guerre! les
aullres agissent au dehors; cette cy encores contre soy, se ronge et se desfaict par son piopre venin. Elle est de nature si maligne et nivueuse, qu'elle se ruyne quand et quand le reste, et se desdiire et despece de rage. Nous la veoyons plus souvent se dissoiddre par elle mcsme, que pnr disette d'aulcune chose nécessaire, ou par la force ennemie. Toute discipbne la luyt : elle vient guarir la sédition, et en est pleine; venlt chastier la désobéissance, et en montre l'exemple; et, enqiloyee à la deflense des loix, faict sa part de rébellion à Fencontre des siennes propres. Où en sommes-nous?....
' Ce n'est pas par les armes que l'on coinLat, mais par les vices.