‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 235 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

préhension ne me presse (jueres, laquelle on craint parlicnlierernent en ce mal; et si, estant seul, ie l'eusse voulu prendre, c'eust esté une fuyle bien plus gaillarde el plus esloingnee : c'est une mort qui ne me scinble des pires; elle est communément courte, d'estoindissement, sans douleur, consolée par la condition publicqiie, sans cerimonie, sans dueil, sans presse. Mais, quant au monde des environs, la centiesme partie des âmes ne se pcmt sauver :

Vident desertaque régna Pastorum, et longe saltus lateqiie vacantes '.

En ce lieu, mon meilleur revenu est manuel : ce que cent hommes travailloienl pour moy, chôme pour long temps.

Or lors, quel exemple de resolution ne veismes nous en la sim|)licité de tout ce peuple? Généralement, chascun renonceoit au soing de la vie : les raisins demeurèrent suspendus aux viynes, le bien principal du pais; touts indifféremment se préparants et attendants la mort, à ce soir, ou au lendemain, d'un visage et d'une voix si peu effroyee, qu'il sembloit qu'ils eussent compromis à cette nécessité, et que ce feust une condemnation universelle et inévitable. Elle est tousiours telle : mais à combien peu tient la resolution au mourir? la distance et différence de quelques heures, la seule considération de la compaignie, nous en rend l'appréhension diverse. Veoyez ceulx cy : pour ce qu'ils meui'ent en mesme mois, enfants, ieunes, vieillards, ils ne s'estonnent plus, ils ne se pleurent plus. l'en veis qui craignoient de demeurer der-

* Vous auriez vu les campagnes et les l)ois changés en de vastes déserts. Virgile.

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riere, comme en une horrible solitude : et n'y coîjneus communément aultre soiny (jue des sépultures; il leur fasthoit de veoir les corps espars emmy les champs, à

la mercy des bestcs, qui y peuplèrent incontinent

Tel, sain, faisoit desia sa fosse : d'aultres s'y couchoient encores vivants; et un manœuvre des miens, avecqnes ses mains et ses pieds, allira sur soy la terre en mourant

La première édition des Essais de Montaifjne (Boixleaux, 1580), contient fort peu de citations hitines. Ce fut seulement dans les quatre dernières années de sa vie, d(; 1588 à 1592, (|n'il ](;s nudtiplia, peut-être même avec excès. C'est ce qu'il explique dans la pa[;e (pii suit :

Certes, i'ay donné à l'opinion publicque, que ces parements empruntez m'acconq5ai;;nent ; mais ic n'entends pas qu'ils nie couvrent et (|ii'iis me cachent : c'est lu rebours de mon desseing, qui ne veulx faire montre que du mien et de ce qui est mien par nature; et si le m'en feusse cru, à tout hazard i'eusse parlé tout (in seul, le m'en char^je de plus fort touts les iours, oui lie ma pro|)0sition et ma fortune prcmicie, sui- la lantasie du siècle, et par oysifveté....

Montaigne, commençant enfin ;i traiter son sujet de la Physionomie, s'occupe d'abord de Socrate, de qui la laideur est à l'état de type connu de nous tous. Qui ne se représente la tète de Socrate et qui

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