LIVRE PREMIEH
mieulx que vous perdiez la vie, que si, estant prisonnier, vous veniez à perdre l'empire. »
Vers la fin do ce cluipiUe, Montaigne retrace en quelques lignes d'un jiuissant relief ces terribles effets de la peiu' auxquels les puissants et les riches sont exposés, tandis que ceux qui n'ont ni fortune ni place en sont exempts. C'est vrai; mais on peut le dire, cette exemption n'est pas recherchée et n'empêchera jamais , dans aucun temps et dans aucun pays, de préférer les frayeurs qui naissent de la richesse à la tranquillité d'esprit que donne la pauvreté.
Ceulx qui sont en pressante crainte de perdre leur bien, d'estre exilez, d'estre snbiiigiiez, vivent en continuelles angoisses, en perdant le boiie, le manger, et le repos : là où les pauvres, les bannis, les serfs, vivent souvent aussi ioyeiisement que les aultres. Et tant de gents qui, de l'impatience des poinctures de la peur, se sont pendus, noyez et précipitez, nous ont bien apprins qu'elle est encores plus importune et plus insupportable que la mort.
40 ETUDE 8L11! EES ES,SAJ.S ME MnMAlG.NE,