‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 243 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

nombreuses, si parfaites de bon sens et de vérité, seront toujours lues. Elles a|)[)artiennent , autant que cela est permis aux cboses de re monde, ii l'immortalité.

Nous approchons de la fin, et je n'ai plus que quelques citations à foire.

L'expérience m'a encoros apprins cecy, Que nous nous perdons d'inipatieifce. Les inaulx ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leiu- santr. La constitution des maladies est formée au patron de la constitution des animaidx; elles ont leur fortune limitée dez leur naissance, et leurs iours : qui essaye de les abbreger impérieusement, par- force, au travers de leur course, il les alonjje et multi[)lie; et les harcelle, au lieu de les appaiser. le suis de l'advis de Crantor, « Qu'il ne fault uy obslineement s'opposer aux maulx, et à l'estourdie, ny leur succomber de mollesse; mais qu'il leur fault céder naturellement, selon leur condition cl la nostre. >' On dolbt donner passage aux maladies : et ie trouve qu'elles arrestent moins chez moy, qui les laisse faire; et en ay perdu, de celles qu'on estime plus opiniastres et tenaces, de leur propre décadence, sans ayde et sans art, et contre les règles. Laissons faire un peu à nature : elle entend mieulx ses affaires que nous, « Mais un tel en mourut. » Si ferez vous; sinon de ce mal là, d'un aultre : et combien n'ont pas laissé d'en mourir, ayant trois médecins à leur cul?

Il fault souffrir doulcement les loix de nostre condition : nous sommes pour vieillir, pour affoiblir, pour estre ma-

hiîle;;, eu despil de toute médecine C'est iiiiustice, de

se douloir qu'il soit advenu à quehju'uii ce (jui peult advenir à cliascun

Qui craint de soul'Frir, il souffre desià de ce qu'il craint.

Il n'est rien qu'on doibve tant recouiiuender à la ieunesse (|ue l'activité et la vi(]ilance : nostre vie n'est que niouveinent. le m'esbransle difficilement, et suis tardif par lout ; à me le\ ei', à me coucher, et à mes repas : c'est matin pour nioy que sept heures; et, on ie gouverne, ie ne disne nv avant onze, ny ne soupe qu'apiez six heures, l'ay aultresfois attribué la cause des fiebvres et maladies où ie suis tnmbé, à la pesanteur et assopissement que le long sommeil m'avoit apporté; et me suis lousiours repentv de me r'endormir ]v malin. IMaton veult plus de mal à l'excez du dormir, (pi'à l'excez du boire. l'ayme à ("oucher dur, et seul; voire sans femme, à la royale; un peu bien couvert. Ou ne bassine iamais mon lict : mais, depuis la vieillesse, on me donne, qiumd l'en ay besoing, des drajxs à eschauffer les ])ieds et l'estomach. On trou- \oit à redire au ;;rand Scipiou, d'estre dormarf; non, à mon advis, jjoiir aiiltre raison, sinon qu'il faschoit aux honnnes fpi'en luv seul il n'y eust aulcune chose à redire. Si i'ay ([uclque curiosité en mon ti'aictement, c'est plustost au comlier qu'à aullre chose; mais ie cède et m'accommode <'ii [;eiUMal, autant que tout aultre, à la nécessité. Le dormir a occupé une granile partie de ma vie; et le continue encores, en cet aage, huict ou neuf lieures, d'une haleine. le me retire avecqnes utilité de cette propension paresseuse; et en vaulx évidemment

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