LIVRE TROISIEME
iiiieulx. le sens un peu le coup de la uuilation; mais c'est faict eu trois ionts. Et n'en veois génères qui vive à moins, quand il est besoing, et qui s'exerce plus constamment, ny à (|ui les corvées poisent moins. iMon corps est capable d'une agitation ferme, mais non pas véhémente et soubdaine. le fuys mesluiy les exercices violents, et qui me mènent à la sueur : mes membres se lassent avant qu'ils s'escliauffent. le me tiens debout, tout le long du iour, et ne m'ennuve point à me promener; mais sur le pavé, depuis mon premier aage, ie n'ay aymé d'aller qu'à cheval; à pied, ie me crotte iusques aux fesses; et les petites gents sont subiectes, par ces rues, à estre chocquez et coudoyez, à faulte d'apparence : et ay aymé à me reposer, soit couché, soit assis, les iambes autant ou plus haultes que le siège.
Voici une page très-belle :
Si i'avois des enfants masles, ie leur désirasse volontiers ma fortune : Le bon père que Dieu me donna, qui n'a de laoy que la recognoissance de sa bonté, mais certes bien gaillarde, m'envoya, dez le berceau, nourrira un pauvre village des siens, et m'y teint autant que ie feus en nourrice, e) encores au delà ; me dressant à la plus basse et
commune façon de vivre Ne prenez iamais, et donnez
encores moins à vos femmes, la charge de leur nourriture; laissez les former à la fortune, soubs des loix populaires et naturelles; laissez à la coustume, de les dresser à la frugalité et à l'austérité : qu'ils ayent plustost à descendre de l'aspreté, qu'à monter vers elle. Son humeur visoit encores à une aultre fin; de me r'allier avecques le peuple et cette condition d'hommes qui a besoing
(le nostio ayde; et estimoit que ie feusse tenu de regarder plustost vers celny qui me tend les bras, que vers celuy qui me tourne le dos; il feut cette raison, pour quoy aussi il me donna à tenir, sur les fonts, à des personnes de la plus abiccle Fortune, pour m'y obliger et attacher. Son desseing n'a pas du tout mal succédé : ie m'addonne volontiers aux petits, soit pource qu'il y a plus de gloire, soit par naturelle compassion, qui peult infiniement en moy.
INIontaigne n'aimait pas les sermons, et il a une façon spirituelle de le dire :
Le prescheur est bien de mes amis, qui oblige mon attention tout un sermon.
Dans les d(>rnières pafjes de ce chapitre, Montai(jne remercie Dieu de nous avoir donné la vie telle (ju'elle est, ni plus longue, ni plus dé^j^agëe de besoins corporels. J'avoue qu'il faut beaucoup de bonne volonté poiu- voir les choses ainsi et ne pas s'ét.jruier du mal (jui est un peu partout. Mais cette fois encore Montaigne a raison, (jardons-nous de laisser notre imagination se perdre dans un idéal qui fait naître le dégoût de la réalité. Restons plutôt dans les sages limites du sentiment religieux, soumettant notre faible intelligence à la volonté de Dieu et acceptant ce qu'il a fait pour nous avec recon-