‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 245 sur 250 · LIVRE TROISIEME. h'vTy · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. h'vTy

naissance, sans chercher, ignorants que nous sommes de ses impénétrables desseins , s'il aurait du faire mieux; ce remerchnent adressé par Montaigne au Créateur est comuie une action de grâces nohle et touchante. Il était près de mourir, et ne pouvait faire plus dignement ses adieux à la vie.

Pour moy doncqiies, i'ayinc la vie, et la cultive, telle qu'il a pieu à Dieu nous l'octroyer. le ne vois pas désirant Qu'elle eust à dire la nécessité de boire et de niiiuger; et ine seinbleroit faillir, non moins excusablenienl,

de désirer qu'elle l'eust double l'accepte de bon cœur,

et recognoissant, ce que nature a faict pour moy, et m'en agrée et m'eu loue. On faict tort à ce grand et tout puissant Donneur, de refuser son don, l'annuller et dcsfigurer : Tout bon, il a faict tout bon : omnia, quœ secundiiin naturam sunt, œstimatlone dujna siint '.

Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se

rengent au modèle commun et humain avecques ordre, mais sans miracle, sans extravagance. Or, la vieillesse a un peu besoing d'estre traiclee plus tendrement. Recommendons la à ce dieu protecteur de santé et sagesse, mais gaye et sociale :

Fini paratis et valido itiilii, Latoe, tloiiL's, et, precor, intégra

Cum mente; nec turpem senectam Degere, nec cithara carentem 2.

' Tout ce qui est selon la nature est digne d'estime. CiCKnoN.

- Fils de Latonc, laisse-moi, je t'en conjure, jouir du peu <]ue je possède; fais que toujours sain de corps et d'esprit, je vieillisse sans ternir ma gloire, sans déposer ma lyre. HoiiACr:, Odes.

Montaigne s'est arrêté ici, empêché par la mort. Il avait cinquante-neuf ans. Nul cloute qu'il n'eût ajouté de nombreux chapitres à ceux qu'il nous a laissés. Son esprit était aussi inépuisable que le champ (le robservation humaine. Ceux qui auront lu ce livre connaîtront ^ïontai^ne, mais pas assez. Même pour les impatients, et c'est toujours à eux (pi'ii l'aut penser (juand on écrit, il n'y a pas raisonnablement une seule pa{]e à passer dans cet admiral)le livre des Essais, livre unique, varié à l'infini, commençant à toutes les pa(jes, merveilleusement écrit et tout brilhmt de traits lumineux, comme un ciel parsemé d'étoiles. Si j'ai réussi à décider mes lecteurs il le prendre en main pour le lire tout entier, j'aurai obtenu le succès que je désire le plus, j'aurai fait quelque chose de b(jn et d'util(\

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